2002-2003/ débats sur la guerre en Irak

 

J.P.RAFFARIN ( Premier ministre )

2° séance du 8 octobre 2002 [ déclaration du Gouvernement ]

Mesdames et messieurs les députés, il ne faut considérer – c’est notre conviction – le recours à la force que comme un dernier recours, lorsque tout a été tenté pour résoudre la situation par la voie diplomatique. (« Très bien ! » sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
    Il n’existe pas de guerre propre, il n’existe pas de guerre facile. La guerre n’est pas une étape, mais une épreuve. Pensons aux civils, pensons aux conséquences humanitaires sur les vingt-quatre millions d’Irakiens déjà soumis à des souffrances qui heurtent les consciences.
La guerre ne doit jamais être une opportunité, un choix de circonstance, mais une extrémité qui ne doit être envisagée qu’avec la plus grande gravité.
(Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF.)  Le seul rappel de l’histoire de l’Europe devrait suffire à convaincre de cette vérité.
    A ceux qui développent la vision simpliste de la guerre du bien contre le mal, je rappellerai cette pensée de René Char : « Le mal vient toujours de plus loin qu’on ne croit et ne meurt pas forcément sur la barricade qu’on lui a choisie. »
[…]
La tension ne s’arrête pas au seul cas de l’Irak. On ne peut le dissocier de la situation du Proche-Orient et de l’équilibre du système international dans son ensemble.
Aucune crise ne peut être considérée de façon isolée. Au Moyen-Orient, nous le savons bien, les peuples, les opinions, font se rejoindre la question de la paix entre Israël et les Palestiniens et celle de l’Irak.
[…]
   L‘engrenage de la violence n’est pas une fatalité, il existe toujours une alternative. C’est la force du droit, qui est notre conviction et qui, sur ce dossier, est notre espoir.  (Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF )

 2° séance du 8 octobre 2002 [ fin du débat]

Au-delà de la crise actuelle, ce qui est en jeu, c’est la confiance des peuples dans l’avenir du droit international. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF )     En aucun cas et en aucun lieu le droit de la force ne saurait supplanter la force du droit. (Applaudissements sur les mêmes bancs.)
[…]
    Le régime irakien est évidemment un sujet de grave préoccupation, mais il ne doit pas masquer d’autres problèmes, tout aussi fondamentaux : le Proche-Orient ne connaîtra jamais la paix tant que le conflit israélo-palestinien n’aura pas trouvé une juste et harmonieuse solution. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF ainsi que sur plusieurs bancs socialistes et communistes )
    Regardons avec une vision large l’ensemble de la région. […] Elle n’a pas besoin d’une nouvelle guerre mais d’un règlement politique, fondé sur le droit, seul à même de réduire les tensions et les frustrations, d’isoler les terroristes et ainsi d’ouvrir le chemin de la paix.
Au-delà, la guerre ébranlerait l’ordre international, par la remise en cause de la sécurité collective, par la primauté accordée à la doctrine préemptive sur le principe, auquel nous sommes attachés, de légitime défense. Nous ne voulons pas que la doctrine préemptive s’impose au détriment du principe de légitime défense. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF )

1° séance du 26 février 2003

. Nous partageons une vision du monde multipolaire. C’est la vision française. Il est très important aujourd’hui de rappeler que nous ne voulons pas d’une nouvelle guerre des religions. […] Il est essentiel d’affirmer cette vision d’un monde multipolaire, d’un monde qui se bat pour la diversité, qui n’accepte pas la voie unique, un monde dans lequel les différents pôles peuvent se construire, se respecter, se parler, se dire des vérités, sans chercher systématiquement l’alignement. C’est là un élément fondamental de notre approche commune. La France ne veut pas d’un « choc des civilisations » ; ce n’est pas notre vision de la planète. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF. )

 

D.de VILLEPIN ( ministre des affaires étrangères )

2° séance du 8 octobre 2002

La vision de la France s’appuie sur un monde marqué par l’interdépendance. Nous sommes conscients qu’il y a des urgences, au nombre desquelles il faut compter l’Irak, mais aussi le Proche-Orient, l’Afghanistan ou les crises africaines. Cette vision doit nous amener à faire le lien entre l’ensemble de ces crises.

 

E.BALLADUR
( président de la commission des affaires étrangères )

2° séance du 8 octobre 2002

    Notre choix n’est pas la résignation, mais au contraire, la volonté de voir se mettre en place un nouvel ordre du monde dans lequel les plus puissants seraient, eux aussi, soumis au droit.
C’est en cela que, dans un moment aussi décisif, la position de la France est importante. Elle est importante pour le monde, qui doit faire face à des tentatives de déstabilisation, qu’elles viennent de certains Etats ou de certaines organisations criminelles.

1° séance du 26 février 2003

Il  nous faut préparer l’avenir, réfléchir aux conséquences sur l’équilibre du monde de ce conflit dont on peut redouter qu’il soit désormais inévitable.
    Conséquences sur le Moyen-Orient, en premier lieu. Quoi que nous fassions, nous n’éviterons pas qu’un conflit militaire en Irak soit interprété par beaucoup comme une guerre de l’Occident contre les musulmans.
Qui peut dire combien de temps dureront les opérations militaires, quel sera leur succès, quelles seront leurs conséquences sur les populations civiles, tragiquement menacées dans leur existence, et sur les Etats voisins ? On aura de grandes difficultés à maintenir l’unité territoriale et la cohésion de l’Irak. […]
 Comment éviter les troubles que risque de susciter cette mise en place, éviter une relance du terrorisme international qui demeurera, dans les prochaines décennies, un grand danger que nous devrons affronter tous ensemble ?

 

 

G.TESSIER ( président de la commission de la défense nationale)

2° séance du 8 octobre 2002

Le concept de sécurité préventive, mis en avant par le président Bush pour justifier éventuellement une action militaire unilatérale, suscite interrogations et inquiétude. S’agit-il seulement d’une construction théorique a posteriori ou de la naissance d’une nouvelle doctrine ? Les dangers d’une telle conception sont importants. Elle permettrait à l’avenir d’autres interventions à l’égard d’Etats « voyous », ou du moins considérés comme tels.
    L’idée de sécurité préventive nous renvoie en réalité à l’état primitif du droit international, quand les juristes distinguaient entre guerre juste et guerre injuste, et elle nie tout le difficile progrès de la société internationale vers un ordre davantage fondé sur le droit.

1° séance du 26 février 2003

.     Mais il ne nous paraît pas pour autant admissible de faire donner la force armée avant l’épuisement de toutes les autres voies, en raison notamment des risques incalculables d’effets pervers : regain du terrorisme, basculement de tous les pays de la zone dans l’instabilité et l’hostilité envers l’Occident, dans un jeu concentrique de dominos dont on ne peut tracer les limites.

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