2002-2003/ débats sur la guerre en Irak

J.M.AYRAULT ( PS )

2° séance du 8 octobre 2002

 M. Jean-Marc Ayrault. Il y a un an, presque jour pour jour, le gouvernement de Lionel Jospin nous avait réunis dans des conditions analogues pour définir la riposte au sanglant défi qu’ont constitué les attentats du 11 septembre. Nous avions alors exprimé une solidarité sans faille avec le peuple américain et ses dirigeants, pour vaincre le terrorisme. Cette cause demeure juste.
L’intervention en Afghanistan a permis de briser le sanctuaire d’Al-Qaïda et de renverser le régime théocratique qui lui prêtait la main, Mais, mes chers collègues, c’est une victoire inachevée. Ben Laden a pu échapper aux mailles du filet et Al-Qaïda n’est pas détruite. Ils continuent ensemble de disposer de réseaux souterrains et de complicités actives dans certains Etats. Ils possèdent des moyens financiers importants que la lutte, notoirement insuffisante, contre les paradis fiscaux et le blanchiment d’argent n’a pas permis d’assécher. N’oublions pas enfin qu’ils peuvent s’approvisionner en armements de toute sorte sur les marchés parallèles, qui prospèrent en toute impunité en divers points de la planète.
Avant de parler de Saddam Hussein, gardons cette vérité à l’esprit : le terrorisme demeure l’ennemi public numéro un. Notre priorité doit être le démantèlement de toutes les organisations qui recourent à la terreur de masse.
[…]
De l’autodéfense légitime contre le terrorisme, l’administration américaine est en train de dériver vers une croisade aux accents télé-évangélistes contre ce qu’elle appelle « l’axe du mal ».
    M. Pierre Lellouche. Arrêtez la caricature !
M. Jean-Marc Ayrault. Elle s’arroge le droit exorbitant de faire la police contre les Etats dits voyous qui ne répondent pas à ses critères politiques ou économiques. (Exclamations sur plusieurs bancs de l’UMP. )
[…]

Jean-Marc Ayrault. On somme l’Irak de respecter les résolutions de l’ONU, mais on ferme les yeux sur leurs violations systématiques au Proche-Orient. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste.) On montre du doigt l’absence de démocratie dans les Etats arabo-musulmans, mais on oublie que c’est l’Occident qui les a souvent installés, soutenus et équipés. (Mêmes mouvements sur les mêmes bancs.) On condamne la répression des minorités religieuses, mais on détourne le regard sur le sort des Tchétchènes. On vante les bienfaits du libre-échange, mais on reste sourd aux demandes du tiers monde à l’OMC.
Toutes ces injustices nourrissent autant l’intégrisme que les milliers de prêches des mollahs
. ( Plusieurs députés du groupe socialiste. Eh oui ! )
Défions-nous donc du messianisme ! On part semer la civilisation et les lumières, on finit en récoltant le terrorisme et l’obscurantisme. (Applaudissements sur les bancs socialistes. Protestations sur les bancs de l’UMP. )

 

F.HOLLANDE ( PS )

1° séance du 26 février 2003

Une guerre, surtout lorsqu’elle procède de la communauté internationale elle-même, est un acte grave. Elle ne peut être justifiée que par des motifs impérieux, c’est-à-dire par des dangers majeurs pour la sécurité du monde et par des violations caractérisées du droit international.
    Ce furent ces raisons-là qui nous conduisirent, en 1991, à approuver une intervention militaire au nom de l’ONU en Irak, après l’invasion du Koweït par les troupes de Saddam Hussein. Ce furent aussi ces considérations qui nous conduisirent à participer aux opérations du Kosovo. Ce furent également ces raisons qui, après l’abominable attentat du 11 septembre, justifièrent l’intervention des Nations unies pour renverser le régime des talibans en Afghanistan, dès lors que les liens entre ce régime et Al Qaïda étaient non seulement démontrés mais encore proclamés.
Nous sommes pour la paix. C’est notre tradition, notre volonté, notre aspiration. Mais nous avons toujours su prendre nos responsabilités en acceptant le conflit avec ses risques, chaque fois qu’il pouvait permettre de préserver la stabilité et la primauté du droit.
[…]
La guerre, si elle se produisait,  […] déstabiliserait profondément l’Irak, nous le savons, avec un risque d’éclatement et de séparatisme. Elle aurait des effets directs dans la région, avec une possible intervention turque au Kurdistan et une réaction des Iraniens dès lors que les chiites pourraient être éventuellement impliqués. Elle risquerait de renforcer les tensions entre Israéliens et Palestiniens, avec, là aussi, la tentation de passer en force.
Elle accentuerait la prolifération de la menace terroriste alors que cette guerre prétend précisément la prévenir.

[…]

La France doit porter son message universel, celui de la paix, du droit, de la justice internationale contre la force. Cette position, nous, les socialistes, nous voulons qu’elle soit tenue jusqu’au bout, sans relâche, sans faiblesse, sans fléchissement. Cette position, la nôtre, monsieur le Premier ministre, ne variera pas. C’est et ce sera toujours « Non à la guerre ! », et je souhaite, au plus profond de mon coeur, que ce soit aussi celle de la France. (Mmes et MM. les députés du groupe socialiste se lèvent et applaudissent longuement. – Applaudissements sur les bancs du groupe communiste.)

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