2003/retraites : chronique du débat au jour le jour

j03 ( 12 juin )
une droite enthousiaste et volontariste

Lorsque les députés de droite prennent la parole – et nous laisserons quelque temps l’espace de ce blog à leur disposition car – dès demain – ils vont se la jouer à « plus silencieux que moi, tu meurs ».

Lors donc, quand les députés de droite prennent la parole en ce début de débat sur les retraites,
c’est pour dire – évidemment ! – tout le bien qu’ils pensent de ce projet de loi ! …
… c’est pour dire tout le mal qu’ils pensent des « prétendues » alternatives de la gauche ..
… ce sera pour dire que … « ce n’est pas la rue qui gouverne » !

… pour dire – évidemment ! – tout le bien qu’ils pensent de ce projet de loi ! …

« Rassemblons-nous plutôt parce que la réforme proposée est très bonne. » dira, par exemple, Nadine Morano, très en verve dans ce débat.
Christine Boutin, beaucoup plus ancienne dans la « maison » (et , soit dit, en passant, l’une des seules à droite qui fasse quelques propositions en-dehors du cadre prescrit : « Je propose une mesure de bon sens, la création d’un droit personnel et universel à la retraite pour celui qui s’occupe de ses enfants, à l’exclusion de toute autre activité. ») – s’empressera de saluer la « fougue de notre jeune collègue » …

Donc, la réforme proposée est « très bonne ».
C’est une réforme« concrète, réaliste » (B. Perrut ), ;
une réforme « équilibrée et juste » (M.Kamardine )
« une réforme dans l’intérêt de tous les Français,
une réforme de nécessité,
une réforme de justice, une réforme de solidarité »
(J.C. Guibal ).
une réforme qui « exprime la devise de la République : «  Liberté, Égalité, Fraternité « » (B. Perrut );
une réforme qui « répond aux exigences les plus fondamentales de ceux qui sont attachés aux valeurs d’une République moderne. » (J.C. Guibal ).

Cette réforme, elle est aussi « la plus généreuse » ( M. Marland-Militello )
… car elle a pour « socle »
«  équité, solidarité, progressivité » (J.C.Anciaux )

Cette réforme, non seulement elle est « très bonne » … mais elle est « incontournable ».
C’est « la seule » …
… « la seule option logique et raisonnable » (P.H.Cugnenc ) …
(« Vous apportez pour la première fois, monsieur le ministre, avec lucidité, courage, pragmatisme une réponse d’ensemble [au] changement démographique. »)

… « la seule à assurer la survie et la pérennité de notre système de retraite par répartition » …
… « la seule à préserver l’économie, le pouvoir d’achat et notre système de retraite par répartition »
( M. Marland-Militello ) .
« Les Français ont choisi. Le Gouvernement a le courage de traiter ce problème difficile et nous devons, nous, parlementaires, lui en être reconnaissant.
( Un député PS. «  A Fillon, l’Assemblée reconnaissante ! « ) »

« – G. Geffroy. Depuis quelques années, face à l’importante question des retraites, on nous disait : « Courage, fuyons ! « . (Exclamations PS.)
Grâce au nouveau gouvernement, soutenu par la majorité tout entière, on nous dit :
«  Courage, avançons « .
– Le président de l’Assemblée (Jean-Louis Debré, qui, lui aussi, rôde ses arguments … et son humour. Nous verrons que cet humour a sauvé quelques situations très compromises !)  On devrait même dire : «  Courage, Fillon «  ! (Sourires.)

« – B. Perrut. Pour sauver notre régime par répartition menacé, fallait-il encore oser la réforme […]
Je reprendrai volontiers les termes de Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. « 
– J.M.Dubernard, président de la commission. Bravo !
– B. Perrut..Mes chers collègues, osons tous ensemble !
– N. Morano.Très bien !
– C. Boutin. Il a raison. »

« C’est une réforme historique. », dira Denis Jacquat, le porte-parole principal – et souvent l’unique intervenant (en dehors des rapporteurs ) – de l’UMP.
« Ce mot [ « historique » ]est souvent galvaudé, mais il caractérise pourtant bien ce que nous sommes en train de vivre, car ce projet de loi constitue la plus grande réforme de notre système de retraite depuis la création de la sécurité sociale au sortir de la guerre. »
(Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF.)

Et nos preux chevaliers sans peur et sans reproche entonnent déjà le chant de la victoire :

«J.C. Guibal. Messieurs les ministres, je vous le dis sans emphase [qu’est-ce que cela serait, si emphase il y avait !] , telle qu’elle a été conçue, négociée et telle qu’elle sera, je n’en doute pas, votée, votre loi va faire sauter les verrous qui paralysent notre pays.
(« Très bien ! » sur les bancs de l’UMP.)
Elle marquera une date dans son histoire [Interruption.], celle de son entrée dans la modernité.
Peut-être d’ailleurs est-ce parce qu’ils le pressentent confusément que ses adversaires s’y opposent avec tant d’énergie
.
(Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF.)

Mais, comme dans toute épopée, les chevaliers auront – au moins – une épreuve à subir avant de revenir près de leurs mandants, fiers du devoir accompli.

«Pendant trois ou quatre semaines, avec patience, nous attendrons, nous supporterons l’obstruction » (J.P.Anciaux ).
Car telle est l’épreuve : être là, avoir plein de choses à dire … et ne pas pouvoir prendre la parole.
Mais qu’importe, puisqu’au terme de l’épreuve, dit le député, « je serai fier de voter ce texte qui lèvera les inquiétudes des Français. »
Et il ajoute (mais alors, pourquoi faut-il remettre ladite réforme sur le tapis, sept ans plus tard ?) : « Nous serons la majorité qui aura sauvé la retraite par répartition ! »
(« Bravo ! » et applaudissements sur les bancs de l’UMP. – Protestations sur les bancs du PS et du PCF.)
Lors donc, quand les députés de droite prennent la parole , c’est …

c’est pour dire tout le mal qu’ils pensent des « prétendues » alternatives de la gauche

L’un d’eux – Bernard Perrut – fera allusion auxsyndicats de sa ville qui, dira-t-il, « m’ont mis sous surveillance » …

Un autre – Jean-Paul Anciaux -fera mention d’actions de commandos.

« – J.P. Anciaux. Nous sommes, ce 12 juin 2003, dans une situation nouvelle. Certains n’acceptent plus, dans ce pays, que le Gouvernement gouverne, que le Parlement contrôle et décide. (Protestations sur les bancs du PS et du PC.)
J’en veux pour preuve les actions de commando de ces derniers jours…
Une députée PC. Des milliers de salariés dans la rue, ce ne sont pas des commandos !
J.P. Anciaux. Je voudrais être sûr que, dans cette enceinte, il n’y a que des élus pour qui la démocratie s’exprime par la représentation nationale qui a seule la capacité de décider pour le peuple de France.
– Un député PS. Quelle haine sociale ! »

Le même – Jean-Paul Anciaux – de poser les questions qui fâchent …
« Jusqu’où admettez-vous qu’on puisse conduire une grève en termes de nuisances sur le plan économique et à l’égard des usagers ?
Quelles doivent être les limites d’une manifestation dans son action et dans son contenu ?
Voilà qui intéresse la France silencieuse
. »

… avant de déclarer, emphatique  :
« Mes chers collègues, l’heure est à nos devoirs ! ».

Ce qu’une de ses collègues – M. Marland-Militello – va traduire – avec une précision qui n’a d’égal que sa conviction – :
« La majorité parlementaire prendra ses responsabilités car, en démocratie, ce n’est pas la rue qui gouverne ! »
« Applaudissements sur les bancs du groupe de l' »Union pour un mouvement populaire »  … puisque c’est ainsi – et je suis sûr que beaucoup l’avaient oublié ! – que se disait l’UMP en ces temps-là que d’aucuns disent d’avant la « rupture » !)

Bref,
« Le temps du dialogue social est terminé ; le temps du travail parlementaire a commencé. » (c’est Nadine Morano qui s’exprime ainsi !)

 

pour approfondir Références du Compte Rendu intégral
 Journaux Officiels - 1re séance du jeudi 12 juin 2003
 discussion générale
 interventions de J.C. Guibal / J.P.Anciaux/ N.Morano / C. Boutin
 Journaux Officiels - 2e séance du jeudi 12 juin 2003
 débat sur l’article 40
 Journaux Officiels - 3e séance du jeudi 12 juin 2003

 

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