Débat sur les retraites 2003_AMBIANCES au jour le jour

j08 (18 juin )
Un amendement ( UMP ) qui n’a duré … que le temps d’une dépêche !

  Nous sommes en début de séance : les députés débattent des amendements du groupe communiste relatifs à l’ISF.

« –
Pascal Terrasse.
Monsieur le ministre, le groupe communiste…
Bernard Accoyer,rapporteur. Et républicain !
Pascal Terrasse. … a raison de parler de ressources complémentaires.
D’ailleurs, je voudrais faire part d’une dépêche de l’AFP très intéressante selon laquelle un groupe de députés de l’UMP, qui disent en avoir marre d’entendre les plus libéraux d’entre eux s’exprimer dans le débat sur les retraites, souhaiteraient que l’on entende davantage les plus modérés, lesquels proposent de taxer le capital des sociétés.
Arnaud Montebourg. Enfin la vérité !
Jean Glavany. Ah, les gauchistes !
Pascal Terrasse. Je cite la dépêche :
 » Les seize démocrates, neuf députés et sept sénateurs, dont une dizaine ont tenu mercredi une conférence de presse à Paris, veulent faire passer l’impôt sur les sociétés «  – quel gros mot ! – …
Jean Glavanny. Quelle horreur !
Pascal Terrasse. » de 33,5 % à 34,5 %,«  ce qui rapporterait  » plus d’un milliard d’euros par an « .
Voilà, monsieur le ministre, ce qui se passe dans votre majorité.
Après dix jours de débats, certains commencent à comprendre le sens ultralibéral de votre projet de loi.
(Exclamations sur les bancs de l’UMP.)
Ces courageux, ces résistants, qui osent enfin parler, nous voulions les saluer !
(« Des noms ! » sur les bancs de l’UMP.)
Richard Mallié. Ils croient vraiment au Père Noël ! »

Il s’ensuit – évidemment ! – un tir de barrage du côté des patrons de la majorité.

Le ministre :
«Monsieur Terrasse, nous débattons d’un projet de loi. Nous ne sommes pas en train de commenter des dépêches d’agence !
[…]
Quant aux incohérences qui existeraient au sein de l’UMP, elles me paraissent assez peu nombreuses en comparaison de celles, innombrables, dont vous nous donnez le spectacle depuis cinq jours ».
(Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF.)

Un peu plus tard dans le débat, Jacques Barrot – le président du groupe UMP, celui qui a demandé à ses troupes de ne pas s’inscrire dans le débat sur les amendements [j05_14-juin-2003/ ambiances ] – va tenter de stopper l’agitation que l’opposition entretient sur cet épineux sujet :

« – Jacques Barrot. J’estime que chacun a ses responsabilités. Je m’efforce, pour ma part, de ne pas m’ingérer, ce qui serait bien malvenu (« C’est vrai ! » sur les bancs du PS et du PC.), dans les affaires du groupe communiste et du groupe socialiste. […]
Mais chacun chez soi et la démocratie s’en trouvera « sérénisée  » et bien gardée. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP.)
Arnaud Montebourg. « Sérénisée  » ? Rassérénée plutôt.
– Jacques Barrot. Rassérénée si vous voulez. […]
Ce sous-amendement ne peut être que défendu par l’un des nôtres quand il l’aura déposé. Il ne s’agit pas de nier la liberté de chacun des députés.
Cela dit, je représente un groupe, au sein duquel il y a une majorité. Or celle-ci soutient la démarche du Gouvernement…
Eric Besson. On a compris !
Jacques Barrot. … et la vôtre, monsieur le ministre. Par conséquent, ne nourrissez pas d’espoirs inconsidérés, chers collègues de l’opposition, sur je ne sais quelle division en notre sein. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP.)
Marie-Hélène des Esgaulx. Très bien ! »

Dans les faits – comme le lecteur doit s’en douter ! – l’amendement ne viendra jamais en séance.

Pourtant …

… le président de l’Assemblée, Jean-Louis Debré, avait mis tout son poids dans la balance …

« Le droit d’amendement est un droit personnel » avait-il rappelé. « Chaque député a le droit de déposer quand il le souhaite un amendement ou un sous-amendement . »
« Et je suis le gardien et le garant de ce droit, qui est un droit absolu »,
avait-il ajouté.

Pourtant …

… Alain BOCQUET, président du groupe communiste ( … et républicain !) avait essayé, de son côté, de faire prévaloir le « bon sens » … démocratique !

« Puisque notre débat porte sur ce point, j’aurais préféré que les choses soient dites ici et que l’échange ait lieu dans l’hémicycle plutôt que dans les couloirs de l’Assemblée, par journalistes interposés.
Ce débat est tout de même un débat de fond, et nous sommes là au cœur du problème. Nous aurions pu discuter largement dans cet hémicycle.
 »

Mais ce fut peine perdue … et débat avorté !

« Chacun pour soi » a dit Jacques Barrot …
… Et « Dieu pour tous » ?, serais-je tenté d’ajouter .
… ou alors, « Chacun pour soi » … « et les vaches seront bien gardées » ?

Mais finalement, je préfère mettre mes pas dans ceux du poète … et lancer à la cantonade :
« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » …
… « Est-ce ainsi que les citoyens apprendront le « vivre ensemble« , le « décider ensemble » ?…

Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans les débats parlementaires.

Un député ( de l’opposition  ) dit  :
« Les Français n’auront pas le choix si, par malheur, votre loi [c’est de retraite qu’il s’agit] , une fois votée, s’appliquait. ») …
… et la loi s’appliquera ( puisque la majorité la votera !) …

Mais avant que se produise la glaciation, il faut – il est importe ( oui, cela est « important », « essentiel » même ! ) que tout ce qui est à dire, par les uns et par les autres, soit dit.

Sinon, bonjour l’ennui (démocratique ) !