Débat sur les retraites 2003_AMBIANCES au jour le jour

j01 (10 juin )
appels au consensus : théorie et réalités

Coté jardin : des appels … au consensus …

Le ministre : « Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, cette réforme devrait nous rassembler. » (Applaudissements à droite. – « Non » ! sur plusieurs bancs PC.)

… et au débat …

« – Le Premier ministre. Le débat est légitime. Je respecte les convictions des uns et des autres, …
Un député PS. Vous n’en avez pas !
Le Premier ministre. … et nous les écouterons. Nous sommes prêts à accorder à ce débat tout le temps nécessaire…
Plusieurs députés PS.Heureusement !
M. le Premier ministre.pour que chacun puisse dire ce qu’il a sur le cœur. Ce que j’ai sur le cœur moi, c’est que notre génération est face à son devoir : assurer l’avenir de la France.
(Vifs applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française, les députés du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et plusieurs députés du groupe Union pour la démocratie française se levant. – Le groupe des député-e-s communistes et républicains entonne L’Internationale. – Huées sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire, dont de nombreux députés entonnent alors la Marseillaise.)
– Le président. Nous ne sommes pas dans un cours de chant ! Je suspends la séance pour cinq minutes. »

Coté cour : on fait sonner la Marseillaise et l’Internationale !

Il n’est qu’à observer le graphisme du Compte-Rendu intégral (multiplication des parenthèses et des interpellations) pour se rendre compte que ces appels à consensus et au débat – à supposer qu’il fussent sincères ( !) – ont bien peu de chances d’être entendus. à priori, le tort est du côté de l’opposition : quelle idée d’entonner L’Internationale dans cette enceinte sacrée – consacrée à – la République !

Mais, quand on apprend que J.P. Raffarin vient , au cours d’un meeting, d’accuser les socialistes de « préférer leur parti à la patrie », on se dit que les torts sont partagés. Quelle idée a eu Jean-Pierre Raffarin de s’en prendre vertement  aux socialistes, juste après son intervention où il prêchait le rassemblement ?
« Je n’ai pas parlé de l’opposition. Elle n’en vaut pas toujours la peine. Nos adversaires, je crois, ont perdu le sens de la France, de l’intérêt général. Ils ont démotivé la France. Ils semblent préférer leur parti à leur patrie. »
C’est par une dépêche de l’AFP que les députés présents dans l’hémicycle ont connaissance de ces propos – tout à fait de circonstance !

Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste, monte à la tribune pour dire son indignation :
« Voilà des propos dignes des années trente. […] Nous n’avons pas à nous justifier. Nous aimons la France autant que vous. […]
Nous croyons à la différence entre la droite et la gauche, mais nous savons, en cas de besoin, prendre nos responsabilités, défendre l’intérêt général, l’intérêt national. (Rires et exclamations à droite.)
Notre histoire, nos engagements, à nous et à beaucoup d’autres qui nous ont précédés, sont là pour le prouver. » (Protestations sur les bancs de l’UMP.)

Il ne faudrait pas croire qu’il s’agisse là d’un simple dérapage, d’un simple accident. Ce n’est pas la première fois que cela se produit. François Fillon n’avait-il pas évoqué, lors d’un débat sur les 35 heures (1° séance du 2 octobre 2002 / http://www.assemblee-nationale.fr/12/cri/2002-2003/20030003.asp#PG18) « le rôle et la responsabilité du Front populaire dans l’effondrement de la nation française elle-même » ! Ces résurgences du passé témoignent du fait qu’il existe incontestablement un fonds culturel de droite et un fonds culturel de gauche.

Mais il est un autre angle d’attaque qui tend à rendre le débat sinon impossible, du moins difficile et stérile. François Fillon ne cesse de répéter, tout au long de son intervention, non seulement que l’opposition n’a pas d’alternative … mais qu’il ne peut pas y en avoir. « Contrairement à ce que prétend aujourd’hui l’opposition, il n’y a pas 36 000 solutions pour maîtriser la révolution démographique. » « Si nous disons qu’il n’y a pas de véritable alternative à cette réforme [Interruptions.] c’est qu’il est objectivement difficile de concevoir un plan dont l’architecture soit radicalement différente. »

Cette question de l’existence ou non d’une alternative va être au centre des débats. Elle prend ici une tournure particulière dans la mesure où le débat parlementaire vient après négociation avec les partenaires sociaux , négociation ayant débouché sur un accord (partiel).

« – Le Premier ministre. Ce n’est pas le projet initial du Gouvernement, c’est un texte qui a fait l’objet d’une rédaction négociée avec les partenaires sociaux,…
Un député PS.
Ce n’est pas vrai !
Le Premier ministre.recueillant ainsi l’accord d’une majorité des organisations représentatives. (Applaudissements à droite. Protestations à gauche.)
– Un député PC
. Pinocchio ! (Protestations à droite .) – Le Premier ministre. Il est le fruit du dialogue social. – Un autre député PS. Seules deux organisations sont d’accord ! Comment pouvez-vous dire que la majorité des organisations représentatives est d’accord ? C’est quoi, une « majorité  » ?
Le président. Mes chers collègues, calmez-vous ! Nous allons passer de longs moments ensemble. »

Le fait que le gouvernement ait réussi in extremis à recueillir un avis favorable de plusieurs organisations syndicales (dont, on se rappelle – et on ne peut douter que, elle aussi, se le rappelle ! – la CFDT ) enferme le débat dans des contraintes telles que l’expression de cette alternative (de ces alternatives, car il y a plus que des nuances entre socialistes, communistes et Verts) va enfermer le débat dans des limites pré-contraintes, le gouvernement refusant systématiquement tout ajout qui modifierait le point d’équilibre trouvé avec les (certains des) partenaires sociaux.

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