Débat sur les retraites 2003_AMBIANCES au jour le jour

j05 (14 juin )
« Ce n’est pas de l’obstruction, c’est une demande de débat ! » (Ayrault )

J.Barrot [ UMP] annonce une réforme à venir du Règlement 

Comme les jours précédents, les pages du Compte Rendu intégral sont remplies de parenthèses et d’interruptions – qui prennent souvent la forme de véritables dialogues pas forcément désagréables à lire.
(Je veux dire par là que ces échanges peuvent présenter, indépendamment de leur intérêt intellectuel, un certain intérêt dramatique.)

Jacques Barrot , président du groupe UMP, n’est évidemment de cet avis :
« Manifestement, il y a une volonté de retarder la discussion, et nos collègues communistes en sont d’une certaine manière victimes
»)
Il considère même que la procédure utilisée par les socialistes « ne pourra plus être acceptée à l’avenir ».

Hors Assemblée – ses propos sont repris par l’AFP – il précise sa pensée et fait référence à une règle qui était en vigueur lors de sa première élection à l’Assemblée, en 1967.
Cette règle « consistait à donner aux groupes une enveloppe de temps, qu’ils géraient comme ils voulaient », a-t-il expliqué, en précisant « que lorsqu’un groupe « avait épuisé son temps, ses amendements étaient mis au vote sans discussion ».
« Il serait logique qu’il y ait des enveloppes de temps », a-t-il insisté.
C’est ainsi que cette séance (la première du jour) qui, au premier abord, ne devrait pas rester dans les annales de l’Assemblée, est tout de même importante car c’est la première fois que l’UMP fait allusion à cette notion de temps programmé qui sera mise en oeuvre en 2009 avec la réforme du Règlement de l’Assemblée ( voir sur mon autre blog : La réforme du travail parlementaire : bonjour l’ennui ? )
Pour l’heure, lesdits échanges sont « intéressants » parce qu’ils mettent évidence deux aspects de la stratégie des députés socialistes.

En creux :
les socialistes refusent de dire qu’ils font de l’ « obstruction »
(« Ce n’est pas de l’obstruction, c’est une demande de débat ! ») 

« – Jean-Marc Ayrault (président du groupe PS). Je ne comprends pas les députés de la majorité qui n’interviennent jamais pour défendre le projet de loi. Ils regardent leur montre, pressés d’en finir, mais ne jouent pas leur rôle de parlementaires. (Vives protestations à droite.)
Car s’ils étaient vraiment convaincus par le projet du Gouvernement, ils monteraient à la tribune pour le défendre. (« C’est scandaleux ! » sur les mêmes bancs.)
– La présidente (Paulette Guinchard-Kunstler /PS).
Monsieur Ayrault !
Jean-Marc Ayrault. Non seulement ils prendraient la parole pour argumenter en réponse à nos interpellations, mais ils seraient beaucoup plus nombreux dans cet hémicycle. (Vives protestations sur les mêmes bancs.)
[…]
Jacques Barrot (président du groupe UMP).
Je demande la parole pour un rappel au règlement.
– La présidente.
La parole est à M. Jacques Barrot, pour un rappel au règlement.
Jacques Barrot. Je sais M. Ayrault respectueux de chaque député dans cette maison, quelle que soit son appartenance politique. J’ai moi-même, en tant que président de groupe – je ne m’en cache pas – demandé à mes collègues de ne pas intervenir dans le débat dans la mesure où, ce matin comme hier, il n’apporte pas vraiment un plus à la démocratie. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF. – Exclamations sur les bancs du PS.)
Augustin Bonrepaux.
Ah bon !
Jacques Barrot. Nous nous sommes exprimés au cours de la discussion générale. Nous recommencerons à le faire lorsqu’un dialogue normal reprendra entre l’opposition et la majorité. […]
Je demande donc à M. Ayrault de ne pas mettre en cause des députés de la majorité au motif qu’ils ne parlent pas, alors, que leur président leur a demandé de garder une attitude digne et de ne pas répondre aux provocations.
Augustin Bonrepaux.Ils sont baillonnés !
[…]
Jean-Marc Ayrault. Nous ne demandons pas que l’UMP garde le silence, comme l’y invite le président Barrot, mais qu’on nous donne des arguments et des réponses. (Protestations UMP.)
Jean-Michel Dubernard,
président de la commission. Je ne réponds pas à la provocation !
Jean-Luc Warsmann.Cessez l’obstruction, et le débat se passera normalement.
Jean-Marc Ayrault. Ce n’est pas de l’obstruction, c’est une demande de débat ! (Applaudissements sur les bancs du PS.)

 En relief :
les socialistes affirment que la réforme des retraites …
… c’est une affaire de « dosage » et d’ « équilibre » 

« M. Gaëtan Gorce. A la différence de notre rapporteur, le ministre a souhaité répondre à nos questions et engager un débat sur le fond. [ ..]
Monsieur le ministre, nous faisons tous le même constat, celui qui nous est donné par le COR [Comité d’orientation des retraites] , de la nécessité d’une réforme.

Nous savons que les solutions s’inscrivent dans un
équilibrequi passe entre l’allongement de la durée de cotisation, le montant des pensions et le recours aux prélèvements ou aux cotisations. Il s’agit moins de présenter un contre-projet que de proposer un dosage, et nous souhaitons que le débat sur ce dosage puisse s’engager.
Vous voulez, finalement, nous faire boire votre potion brute – l’allongement de la durée de cotisation – , alors que, nous, nous préférons un cocktail de mesures. Nous pensons que la réforme sera mieux acceptée, mieux comprise et plus efficace si l’on peut s’appuyer sur un ensemble de dispositions

Vous avez dit : une affaire de « dosage » …

… et nous imaginons les représentants de la nation, tels des chercheurs dans leur laboratoire, échangeant sur leurs expériences :
si on met « un peu plus de » cotisations, « un peu plus de » temps de travail, « un peu moins de » pension, on va bien réussir à trouver le bon « dosage », la bonne « potion » …
… oui, mais si on laisse la pension au niveau qui est le sien a aujourd’hui, il va falloir « jouer » sur les autres « paramètres » … et peut-être en faire entrer des nouveaux ( « un peu de » prélèvement sur … la valeur ajoutée, par exemple …) …
… et si l’on veut que le « cocktail de mesures » ainsi obtenu ne soit pas trop indigeste … ou trop explosif … il faut faire attention à ce que … il faut prendre en compte … etc …

Vous avez dit : une affaire d’« équilibre » …

oui … mais alors, ce n’est pas seulement d’« équilibre » entre des techniques qu’il s’agit … mais d’« équilibre » entre des finalités, des objectifs …
… où se situe, à un moment donné (compte tenu des évolutions de la société, de l’économie, des mentalités) – le « point d’équilibre » entre l’individu et le collectif, entre l’efficacité et la solidarité ? …
… où se situe le « point d’équilibre » – mais, là , je préfère parler du « point d’arrimage », c’est- à dire le point qui fait que cela tient, que cela se tient, que tout tient ensemble … … où donc se situe le « point d’équilibre », le « point d’arrimage »
entre générations,
entre les retraités et ceux qui travaillent,
entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas ou qui travaillent peu, qui travaillent par intermittence ? …
… où donc se situe le « point d’équilibre », le « point d’arrimage »
entre groupes socio- professionnels ( pour ne pas parler de « classes » ! ),
entre familles de pensée (pour ne pas parler de « partis ») ?

Oui, alors, il y a un réel enjeu au débat.

S’il ne s’agit que de bouger des « curseurs », alors il ne faut pas s’étonner que les intérêts catégoriels (pour ne pas dire « corporatistes » !) prennent le dessus.
Mais si l’on va au fond ( au fond de nos « désirs » et pas seulement de nos « intérêts » ), alors je dirai qu’il y a matière à débat .
Ainsi, quand Gaëtan Gorce parle de « dosage », je me tourne vers Michel Vaxès (PC) qui, lui, parle d’un « changement des conditions mêmes de la production et donc du type de croissance » …

…car c’est bien de cela qu’il s’agit .

Mais alors une question se pose : celle de savoir si ce discours « utopique » – en ce sens qu’il part de nos « désirs » – produit un effet politique et non pas seulement cathartique (on est content que cela soit dit).

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