Débattre : à quelles conditions ? ( le contre-exemple du débat sur les retraites / 2010 )

Comme les autres – plus que les autres ? – secteurs de la vie publique, le travail de l’Assemblée est soumis à la dure loi de l’instantanéité. On s’y intéresse à un jour donné … parce que le sujet est explosif … parce qu’il y a eu une agitation hors du commun, comme ce fameux mercredi 15 septembre au matin, quand les socialistes ont poursuivi dans les couloirs le président de l’Assemblée qui venait, en violation du Règlement, d’empêcher les députés de l’opposition d’expliquer pourquoi ils allaient voter contre le projet de loi sur les retraites. Alors, les medias s’emballent. Et les blogs.
( Comme ce fut le cas  ce 27 avril 2009 quand les mêmes députés socialistes se sont lancés à l’assaut de la tribune pour protester contre le même B.ACCOYER et la façon dont il voulait faire passer ne force « sa » réforme du règlement.)

Puis le soufflé est retombé. Ainsi va la vie politique. Les débats de 2010 ont chassé ceux de 2003. Ceux du Sénat vont chasser ceux de l’Assemblée …
Et puis les esprits vont se tourner, de façon quasi hypnotique, vers les élections de 2012 (les élections présidentielles, bien entendu !). On en oubliera de mettre à l’épreuve de la critique la « rupture » de 2007 : s’agissait-il d’une véritable « rupture » ou bien n’était-ce que la continuation, avec d’autres moyens, de la politique de la droite qui  s’était déjà pas mal infléchie avec J.P.RAFFARIN et D. de VILLEPIN ?
Répondre à la question implique d’en revenir à 2002, au « séisme » du « 21 avril »   … et, par ricochet, à l’intermède JOSPIN qui fut – on a trop tendance à l’oublier – un accident (résultant d’une malencontreuse dissolution).
On en viendra alors – forcément – à 1981 … et à ce qui a suivi. On noircira à l’excès l’action des socialistes à l’époque, en oubliant d’où l’on venait avec les GISCARD, PONIATOWSKI et alii.

Je pourrais faire fonctionner à l’envi cette machine à remonter le temps. ( Les Comptes rendus comme une « machine à remonter le temps » ?)
Quoi de tel , en effet, que la suite ininterrompue de ces Comptes rendus intégraux pour trouver ses marques – ses repères -, voir ce qui change et ce qui résiste au changement.

Je pourrais dire que le débat sur les retraites qui vient de se dérouler ressemble – au fond (assez peu, quant à la forme) – à celui de 2003 : on a de nouveau parlé de la pénibilité, de l’emploi des seniors, des inégalités faites aux femmes, des différences entre le secteur public et le privé. Alors, c’est toujours la même chose. Non ! car la réforme de 2003 – et, plus encore, celle de 1993 – a profondément modifié les données concrètes du problème. Et puis, en 2010, il n’y a avait pas encore eu l’effondrement des marchés financiers !
Mais je pourrais dire aussi que ce débat nous renvoie à des origines, à la question du « modèle social », du « pacte social » et donc au CNR, à la Libération. Mais le débat a pris une tournure nouvelle. Ce qui était tabou en 2003 – la mise en œuvre de prélèvements fiscaux sur le capital, au titre de la solidarité – est venu au débat. Faible avancée quant aux effets produits. Mais repositionnement du débat. Avec, à la clé, cette question – difficile – de l’articulation entre la répartition et la solidarité. C’est en lisant les comptes rendus des débats de 2003 et de 2010 que j’ai réalisé à la fois la nouveauté et l’ampleur de ce repositionnement.

Je veux dire, par là, que prendre le temps de lire les Comptes rendus de débats n’est pas du temps perdu. On prend du recul. On met en perspective. On distingue l’accessoire, le conjoncturel, du fondamental, c’est-à-dire de ce qui doit être mis en débat quand arrive l’heure de nouveaux rendez-vous électoraux. (Les Comptes rendus comme une «école citoyenne» ?)

Ici je dirai que ..… si l’Assemblée fonctionne mal , si la démocratie n’est pas ce qu’elle devrait être – ce que chacun de nous voudrait qu’elle fût, ce n’est pas uniquement la faute des hommes politiques ( des députés, en l’occurrence) …
… et je dirai  …
qu’il faut des citoyens qui en veuillent vraiment … de l’Assemblée !