Cumul des mandats et intérêt général (contr’exemples)

Exemple 3 :
urbanisme/ politique de la ville

La députée-maire de Montauban :
« C’est en qualité de maire que je souhaite, monsieur le ministre, souligner deux dispositions de votre projet de loi qui me paraissent remarquables.
Tout d’abord, je remercie le Gouvernement d’avoir pris en compte la situation des villes moyennes
[…]
Le second point majeur sur lequel je voudrais insister est la création du guichet unique, qui apportera des réponses concrètes et durables au labyrinthe juridique, financier et administratif auquel les maires sont confrontés. […] Ce matin même, au bureau de l’Association des maires de France, auquel j’appartiens, nous avons eu un débat sur le sujet. »

Et de conclure :  « Voilà ce que j’avais à vous dire en tant que maire. » … ce qui lui vaudra un rappel à l’ordre d’une de ses collègues :
« N’oubliez pas que vous êtes députée, madame ! »

 

[ à un autre moment du débat ]

 

« N’allons pas croire que ce texte ne répercute que des préoccupations d’élus locaux en butte aux tracasseries de l’administration, qu’elle soit centrale ou déconcentrée. En dépit du maquis législatif et réglementaire qui caractérise le système local en général et le droit de l’urbanisme en particulier, il doit se comprendre comme une impulsion, et cette impulsion vers plus de pouvoir local profitera avant tout au citoyen. […].
Ce texte allège évidemment notre travail quotidien de maire ou de président d’une structure intercommunale en le simplifiant, mais cette simplification signifie surtout pour le citoyen une meilleure lisibilité de l’action publique de proximité, une meilleure compréhension des enjeux locaux. […]
Ce texte facilite le travail des élus locaux, mais sa vocation première est de leur faire davantage confiance. Ce point est fondamental car la vitalité démocratique de notre pays passe de plus en plus par la vitalité démocratique locale, et donc par plus de responsabilité locale. »

Et le député d’ajouter :
« Dans ce renforcement par petites touches du pouvoir des maires, il n’est pas question d’une quelconque résurgence féodale. »

Mais tel n’est pas l’avis d’un de ses collègues – pourtant lui aussi député-maire :
« [ Ce texte relatif à  l’urbanisme]  est un condensé de dispositions de convenance.
Il met la loi au service d’élus locaux qui souhaitent résoudre certains problèmes particuliers auxquels ils sont confrontés.
Nous ne comprenons pas la conception de la loi qui sous-tend cette accumulation de dispositions spécifiques détournant le législateur de sa mission, laquelle consiste à concevoir l’intérêt général. »

 

Il arrive même, dans ce type de débat, que des conflits entre divers types de collectivités territoriales soient exprimés publiquement dans l’enceinte de l’Assemblée censée dire l’intérêt général :

( à propos de logement social … et da la fameuse « loi SRU » )

« – Député  1.[maire de Maisons-Lafitte , dans les Yvelines.] Nous sommes tous concernés par la mixité sociale et je suis pour. Je l’ai prouvé dans ma ville. […] Toutefois la France n’est pas condamnée à avoir 20 % de logement sociaux dans toutes ses communes !
[…]
 Député 2. [maire de Montreuil, dans la Seine-Saint-Denis.]  L’amendement que je présente est  un amendement de l’Association des maires de grandes villes de France, dont chacun connaît le pluralisme.
 – Député 3 [maire de Joigny,  dans l’Yonne.] Encore un lobby !
 –  Député 4 [maire d’Avrillé, dans le Maine-et-Loire.] C’est l’amendement des gros !
– Député 3.  Des riches !
 Député 2. Mais pas du tout ! Vous dites n’importe quoi. C’est l’amendement de ceux qui sont oubliés. Où y a-t-il les problèmes sociaux les plus aigus ? Vous le savez bien.
–  Député 3. Dans votre commune, bien sûr !
[…]
– Député 4 [ maire de  Chanteloup-les-Vignes, dans les  Yvelines ].   Nous ne devons pas laisser la politique de la ville dépendre d’un lobby des grandes villes ni de tout autre lobby.
Or, à l’heure actuelle, c’est ce qui se passe et nous savons bien, du moins ceux d’entre nous qui sont maires de banlieue, que nous ne faisons pas le poids face à de tels lobbies, et que c’est en partie pour cette raison que la politique de la ville n’avance pas.
[…]
Dans certaines communes, la politique de la ville n’est pas un problème d’argent, mais justement un problème de politique. Si elles ont les moyens financiers d’assumer celle qu’elles se sont choisie, qu’elles l’assument et qu’elles arrêtent de piquer l’argent à celles qui en ont vraiment besoin.  […]
Au risque de choquer, je vais dire ce que j’ai sur le cœur. J’en ai assez de l’égoïsme des villes qui ont peu de logements sociaux et beaucoup d’argent pendant que nous, qui avons 60 à 80 % de logements plus que sociaux, tirons la langue pour survivre ! »