La démocratie : à la manière d’un chemin de croix

« Pour ne citer que les mesures adoptées par la majorité sortante en fin de législature, je rappellerai … »

«  À l’heure où les remarquables résultats obtenus par le gouvernement précédent sont menacés … »

deuxième  station :
le « jugement du peuple »

« Les remarquables résultats ? Les Français ne s’en sont pas rendu compte ! C’est vraiment pas de chance ! Continuez comme ça et vous n’êtes pas près de revenir au pouvoir ! »
« Décidément, le gouvernement précédent était le meilleur gouvernement possible ! Comment les Français ont-ils pu se tromper à ce point dans leur choix ? Ce sont vraiment des ingrats ! »
« Vos électeurs vous ont d’ores et déjà jugés, et vous jugeront encore
«  Nous sommes maintenant la majorité !
L’opposition oublie le jugement du peuple !
 »

troisième  station :
l’« ivresse de la victoire »

Un député de la majorité :
«A lire certains, les électeurs auraient été insouciants et auraient voté les yeux bandés ! Pour nous, les électeurs ont par définition raison. Ils se sont exprimés et ils veulent que d’autres actions soient conduites car ils portent un autre regard que le vôtre sur la société qui est la nôtre et sur ses priorités . »    Un autre député de la majorité :
«Il y a aujourd’hui un nouveau gouvernement et une nouvelle majorité, qui sont là pour faire une nouvelle politique. ».
Un député de l’opposition :
«
 Qu’est-ce qui guette une majorité lorsqu’elle vient d’être élue ?   L’ivresse de sa victoire ! »

quatrième  station  :
la litanie du « re … »

«  L’heure est venue ! »  …
« …  de re-mettre la France sur le chemin du développement, de la croissance »…
«  … de re-mettre en état les finances de la France » …
«  … de re-lancer le moteur anémié et entravé de l’économie française » …
«  … de re-mettre au volant l’esprit de responsabilité et la vertu civique » …
« Il est temps … »
«  … de  re-donner  …
« …   à notre pays  …  toute sa force et toute sa vigueur »
«  … aux Français   … le goût de l’initiative, le sens de l’effort et le sens de la responsabilité »
« Il est temps … Il est grand temps …»
«  … de  re-donner  …
«  … de  re-donner confiance  …    aux Français … »
[etc.]

cinquième  station :
la « demande de pardon »

«  Je vais devoir, chers collègues [de l’opposition], vous rappeler dans quel état économique et social vous avez laissé la France.
(« Eh oui ! »  et applaudissements sur les bancs de la majorité.) »«  Notre économie est sinistrée.  […]   Cette situation, ce n’est pas notre majorité qui l’a créée. C’est le précédent gouvernement . »
«  Il faut voir le champ de ruines qu’ils ont laissé ! »
«  Nous avançons aujourd’hui sur un terrain miné …
«  … c’est un véritable champ de mines où les bombes à retardement !»
«   Les Français ont  assisté à un véritable gâchis.» …

« – Un député de la majorité.  Demandez pardon ! Vous donnez des leçons depuis trop longtemps !« – Un député de l’opposition.  Nous sommes tous ici des élus de la République. Les choix que nous formulons nous livrent forcément à la critique. Mais je ne savais pas [ …] que les élus de la République devaient aussi parfois demander pardon. »

sixième station  :
l’opposition « prend date »

« – Député  1 de l’opposition.   En entendant les termes sévères dont  [vous avez] qualifié la gestion passée, je me demandais ce que [vous alliez]  pouvoir dire l’année prochaine lorsque [le ministre viendra]  nous présenter l’exécution du budget, compte tenu du fait que nous enregistrons une dégradation bien plus forte encore de la situation de nos finances publiques ! […]
« – Député 2 de l’opposition.   Nous prenons date !… Nous ne vous donnons pas un an pour faire le triste bilan de votre politique.
Mais le problème, c’est que ce bilan ne sera pas seulement celui de votre gouvernement, pas plus que le bilan du gouvernement précédent, ce sera le bilan de la France, celui qu’auront à supporter les salariés et les entreprises.
»

septième station  :
l’entreprise de  dé-molition

« Dé-faire» …
  … «dé-tricoter »  …
… «dé-manteler »  …
… «dé-molir »  …
telle semble être la préoccupation première de la majorité nouvellement élue.

« Un député de l’opposition. Vous détruisez tous les outils de la politique de l’emploi que nous avons mis en place et ne les remplacez par rien.
Imaginez une équipe d’alpinistes décidée à atteindre un sommet très difficile et qui, avant d’entreprendre l’escalade, vide son sac de tout ce qui doit l’y aider : piolets, cordes, pitons, etc
. [interruption.]
Après tout, dirons-nous, elle montera plus vite puisqu’elle s’est débarrassée d’instruments trop lourds et qui gênent sa progression ! Mais à peine arrivée au pied d’une falaise un peu difficile, elle se met à arracher les pitons qui ont été posés par l’équipe précédente [ …]
Quels drôles d’alpinistes ! Quel sommet espèrent-ils vaincre ainsi ? En tout cas pas celui du chômage !
  [interruptions.]
-Un député de la  majorité. Vous, vous êtes au bord du gouffre !»

huitième station  : 
la  « réforme »

«  L’ heure est venue » …  « cela donne toute la mesure de la responsabilité historique qui est la nôtre»…
«  L’ heure est venue » …
« … de  voter   la réforme »
« … une réforme qui  marquera une date dans l’histoire [de notre pays]  … celle de son entrée dans la modernité ! »

« Ce texte  porte nos valeurs, qui sont celles de la réforme. […]  Il donne une chance réelle à la réforme. Il est la mère de toutes les réformes  parce qu’il les rend possibles. » [ à propos de la réforme de la décentralisation]

neuvième station :
les contraintes

Un député de la  majorité :
«Le Gouvernement a conscience des résistances, des pesanteurs et des difficultés qui, entre l’idéal proclamé et la réalité de chaque jour, ont creusé un fossé qu’il nous faut aujourd’hui combler. »

Le chœur de la majorité :
«les résistances, les pesanteurs et  les difficultés »
«la réalité de chaque jour »
« la réalité du monde d’aujourd’hui »
«  les réalités économiques »
« les  dures réalités du pouvoir »
«les  contraintes budgétaires »
«les contraintes que nous impose la Commission européenne »
«les  contraintes du développement durable »
«les  contraintes de financement [de nos régimes de retraite] »
«les  résistances à la modernisation »
«les inquiétudes désordonnées  (qui s’expriment parfois sur le terrain) »
«la  pression médiatique » …et celle de … «l’ état de l’opinion »  (« les esprits ne sont pas encore mûrs … » )
… [etc.] …

dixième station : impatiences

  « On n’a pas le temps !» … « La nécessité impose de faire vite.» … « L’économie n’attend pas.» 
« Il aurait peut-être fallu, monsieur le ministre, aller un peu plus loin …  Je comprends bien la volonté du Gouvernement … Je sais bien que les contraintes budgétaires sont là … que l’héritage financier est beaucoup plus lourd que prévu …»
« Je voterai [ce projet] avec enthousiasme. Mais il faudrait aller plus loin,    notamment   … »
« Je ne vous cache pas que je reste aussi sur ma faim. On aurait dû faire beaucoup mieux. »

onzième station :
le « principe de réalité »

 « – Un député de l’opposition. En écoutant certains intervenants de la majorité, on voit que les lampions électoraux sont bien éteints. Le principe de réalité finit toujours par s’imposer !   
Un député de la  majorité.Vous l’avez bien connu !»

Le chœur de la  majorité :
« Il faut parfois distinguer le souhaitable du possible.»
« Tout ce qui est souhaitable n’est pas possible. »
« Le temps est à l’humilité et au pragmatisme. »[Ce texte] est « un premier pas » …
 «…  mais … …  ce n’est … qu’un premier pas » …
… « qu’une étape » … « que le premier volet»  …« qu’une des manettes »  … « qu’un coup d’envoi » …
… « Le plus dur reste à faire ! » …
… « Laissez-nous le temps d’essayer ! »  …
… «Nous ne pouvons pas tout faire tout de suite. » …

douzième station  :
la « sanction » à venir

« – Un député de l’opposition. Monsieur le ministre, nous continuons à juger sévèrement votre budget.
« – Un député de la  majorité.Ce n’est pas grave !
« – Le député de l’opposition. Les électeurs en jugeront le moment venu !
« – Un  autre député de la  majorité.  C’est sûr !
« – Le député de l’opposition. Nous sommes tout à fait d’accord pour vous donner rendez-vous à ce moment-là ! » …

Ce sera …
« l’heure de vérité » … (« Terrible, j’en tremble ! »)
… l’heure du « verdict » (« Un élu ne peut pas avoir peur du suffrage universel : s’il s’engage devant ses concitoyens, c’est qu’il en accepte à l’avance le verdict. »)

… Ce sera …
… l’heure du « jugement » …
«Les Français jugeront à l’issue de la mandature. / Ils savent bien juger ! »
… l’heure du « jugement  dernier » …
… et « le jour du jugement dernier, chacun sera face à sa conscience !» …

treizième station  :
« intermittences » [des députés]

« Vous savez, monsieur M., une majorité ça va, ça vient ! » …
« Nous serons appelés, en fonction du vote des Françaises et des Français, à être un jour dans l’opposition, le lendemain dans la majorité. »
«  Nous, députés, sommes le fruit d’un moment donné de l’expression populaire. »
« Soyez prudent, monsieur G., un retour de flamme est vite arrivé ! »
« Vous verrez quand la mer se retirera ! » ( « au gré  des vagues provoquées par le suffrage universel » ) …
« Craignez que, demain, vous ne soyez des intermittents ! »
« Ce sont les électeurs qui décident !»
   « Ce sont les aléas du suffrage universel ! »

quatorzième station  :
la démocratie au tombeau /
« 21 avril » (2002)

« Ce sont les électeurs qui décident !» …
… « Un jour dans l’opposition, le lendemain dans la majorité.»…
… « Ainsi va la démocratie !» ….
… Mais il arrive que l’électeur « se rebelle » … qu’il « zappe » … qu’il « boude » … qu’il refuse de « prendre le chemin des urnes » … qu’il se réfugie dans le « non-choix » … renvoyant dos à dos ceux qui prétendent le «représenter»…
.. Alors …
c’est la  « panne de la démocratie »… Ainsi …
… un certain «21 avril»…  2002…