01_le rural, une « force tranquille » ?

les programmes agricoles des candidats à l’élection présidentielle

en matière de revenu :
La question du revenu est au coeur des préoccupations des quatre candidats. De plus l’idée selon laquelle « ce revenu doit être assuré par le prix de vente des produits » est admise par tous, ce qui ne manque pas d’être surprenant, compte-tenu de l’importance quantitative et subjective des aides diverses accordées à l’agriculture.
Mais la définition du revenu n’est pas la même pour tous.
François Mitterand veut « garantir des prix aux agriculteurs qui tiennent compte du prix de revient et de la rémunération du travail ».
Tout le monde est d’accord pour tenir compte du prix de revient (il faut « agir sur les coûts »).
Mais parler de la « rémunération du travail », c’est sous-entendre que les agriculteurs sont des « travailleurs » plus proches des salariés que des « indépendants ». Cela sent le soufre, surtout lorsque ce même Mitterand ajoute qu’il faut « arrêter la course au productivisme ».
Sur la question de l’Europe :
Les réponses portent plus sur la forme que sur le fond. Giscard d’Estaing veut utiliser « le langage de la fermeté » mais sans compromettre la « crédibilité » de la France et en maintenant un « climat de confiance ».
Les points de vue de Jacques Chirac et de Georges Marchais ne sont pas très éloignés : il faut « avoir une volonté politique plus affirmée dans les négociations et refuser les compromis où nos intérêts sont particulièrement menacés » (J.Chirac), « se montrer très ferme et aller jusqu’au blocage des négociations » (G.Marchais).
Mais ce sont surtout les propos de F.Mitterand qui étonnent. Il faut,dit-il, « renégocier le traité de Rome », « frapper du poing sur la table » et,  » pourquoi pas, pratiquer la politique de la chaise vide en cas de désaccord », « créer des précédents en France quitte à être « hors-la-loi ».
Mitterand-Thatcher : non pas même combat, mais mêmes méthodes ? En tout cas, on est bien loin de l’image d’un Mitterand sauveur de l’Europe. Et de tels propos n’éclairent en rien la question de savoir ce que l’agriculture française deviendrait sans l’Europe.
l’installation des jeunes agriculteurs :
Ce point fait consensus.
J.Chirac, F.Mitterand et G.Marchais promettent de doubler la Dotation aux Jeunes Agriculteurs (DJA), ce pactole gratuit que l’Etat distribue à ceux qui remplissent un certain nombre de conditions.
G.Marchais et F.Mitterand mettent l’accent sur la réforme du crédit. Reproduisant le modèle économique de la gauche, ils veulent aussi réduire la durée du travail , « ce qui créera des emplois agricoles ».
Mais le consensus repose sur un non-dit : aucun des candidats ne définit le type d’exploitation sur lequel le jeune doit s’installer.
Aucun ne répond à la question : combien d’exploitations pour la France ?
le foncier :
Sur ce chapitre , chacun va de sa solution.
Partant de ce qui existe, G.Marchais veut « démocratiser » les SAFER. Il s’agit de sociétés, crées par la loi d’orientation de 1960, qui achètent des terres mises en vente à seule fin de les revendre aux agriculteurs qui en ont besoin pour s’installer ou s’agrandir.
V.Giscard d’Estaing est convaincu que « sa » loi d’orientation apporte des réponses « novatrices » au problème : la solution-miracle, c’est le Groupement Foncier Agricole (GFA). Il s’agit d’une société dont les membres achètent en commun des parts foncières de façon à les louer à des exploitants; ces derniers n’ont donc plus besoin de s’endetter pour acheter la terre.
J.Chirac entend utiliser aussi bien les SAFER que les GFA.
Quant à F.Mitterand, il met en avant ce qui constitue la pièce maîtresse de l’artillerie du Parti Socialiste en matière agricole : les Offices fonciers cantonaux.
Comme les SAFER,ces offices pourraient acheter les terres qui ne trouvent pas de preneurs. Mais il ne s’agirait plus de les revendre. Ces terres seraient louées sur de longues périodes (baux de carrière). La principale originalité de ce projet – et c’est cela surtout qui fait peur – réside dans le fait que les offices auront pour mission de « déterminer qui sera l’attributaire après un débat public et collectif ».
Derrière les solutions techniques retenues par les uns ou les autres, se profile une ligne de fraction fondamentale entre la droite et la gauche : pour les uns, la terre est un outil de travail; pour les autres, elle représente un capital et, dans cette perspective, l’objectif de tout agriculteur est de devenir propriétaire. J.Chirac n’affirme-t-il pas que le problème du foncier « sera largement résolu par le revenu ».
La protection sociale :
La protection sociale des agriculteurs relève de procédures et d’organismes spécifiques.
Tous parlent d’ »harmonisation » avec les autres catégories socio-professionnelles. (A ce mot, G.Marchais préfère l’appellation qui a servi de ralliement pour les élites montantes des années 1960 : la « parité ».)
Qu’il s’agisse de retraite, d’indemnité de maladie ou de maternité, les agriculteurs doivent toucher autant que les autres catégories socio-professionnelles.
Mais qui doit payer? Il faut améliorer la « contribution » des agriculteurs en améliorant tout à la fois leur revenu (J.Chirac) et la connaissance de leur revenu (J.Chirac/ F.Mitterand). Cependant l’aide de l’Etat demeure nécessaire (J.Chirac /G.Marchais).
Pour réduire les inégalités, il faudra alléger les charges payées par les agriculteurs les plus modestes ( V.Giscard d’Estaing / F.Mitterand).
Mais la protection sociale des agriculteurs devra continuer à être gérée par la Mutualité Sociale Agricole (MSA), parce que cette institution est représentative de la population agricole (J.Chirac/ G.Marchais).
Comme on le voit, sur cette question, les clivages partisans sont très diffus. Mais, là encore, le consensus repose sur un non-dit, celui de la spécificité : comment peut-on, en même temps, affirmer que les agriculteurs sont des citoyens « comme les autres » et défendre le particularisme de leurs organismes sociaux ?

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