02_la « Nouvelle Politique Agricole »

l’impatience des réformes

Premier signal : le rapport sur la « montagne »

Dès le début de la législature, Louis Besson et un certain nombre de ses collègues du PS ont déposé une proposition de loi « tendant à la création d’une commission d’enquête sur la situation de l’agriculture et de l’économie rurale dans les zones de montagne et défavorisées » .
Malgré l’ordre du jour chargé, ce texte vient en discussion dès le début de la première session ordinaire. Il semble donc que son intérêt dépasse le simple cadre d’une politique régionale.
A droite comme à gauche, les orateurs affirment l’intérêt pour la nation d’un projet pour la montagne :
« Il faut bien apprécier que l’intérêt financier de la nation c’est bien de maintenir une agriculture qui doit devenir prospère à la [montagne] et non pas la laisser se déserter. Ce serait une erreur économique et sociologique, mais aussi une erreur financière,contrairement à ce qu’on pense. » . ( Michel BARNIER/ Savoie)
Mais si les socialistes ont voulu inscrire ce débat dès le début de la session, c’est pour faire de la montagne un symbole de la politique nouvelle.
Ecoutons Robert de CAUMONT, député socialiste et maire et Briançon :
« Il faut que cette nouvelle politique mette fin à la notion de « montagne assistée » pour promouvoir une véritable solidarité nationale qui donne à la montagne les moyens de maîtriser son propre développement. Il faut mettre un terme à la colonisation de la montagne afin que les montagnards puissent redevenir maîtres chez eux.  »
« Un autre verrou que nous, socialistes, allons faire sauter,réside dans le centralisme administratif. L’aménagement de la montagne relève de la micro-économie, de la politique des petites unités. Il s’agit d’un développement global où l’aspect humain prédomine. » (Cf. le mot d’odre de la CNA : « Penser à l’homme avant de privilégier le produit »

 

deuxième signal : le débat sur le budget de l’agriculture

Le projet de loi de finances 1982 fournit l’occasion du premier grand débat de politique agricole. Apparemment, les députés socialistes l’ont préparé avec beaucoup de sérieux. Leurs interventions sont très construites. Chacun traite un sujet bien particulier.
A Pierre MEHAIGNERIE qui vante les mérites de l’agriculture française ( et, par là-même, les mérites de la politique menée par la droite giscardienne !) et, en particulier, la contribution qu’elle apporte à l’équilibre de la balance commerciale,
Henry DELISLE (PS/ Calvados), se référant à la phrase célèbre de V.Giscard d’Estaing ( « L’agriculture est le pétrole vert de la France. ») s’exclame :
« Fini de leur parler du pétrole vert quand ils survivent au pied de leur derrick ! »
Roland HUGUET, rapporteur de la commission production, explicite le  » paradoxe« , « entre une agriculture qui se porte bien et des agriculteurs dont la situation se dégrade« .
» Globalement, dit-il, les succès sont indéniables […] ; mais ces succès ne sont pas accompagnés d’une amélioration de la situation des agriculteurs, dont l’endettement n’a cessé décroître, et les revenus de diminuer en francs constants. »
Qu’a fait la droite ?
» « Produire, produire encore, produire plus ! » (c’est H.DELISLE qui parle et plusieurs députés socialistes reprennent en choeur : « Produire toujours ! ») … voilà le crédo qu’ont entendu des générations de paysans. »
Deuxiéme reproche : la droite a mise en oeuvre une politique d’aides que R.HUGUET qualifie de « couteuse« … « inefficace » … »injuste enfin« , « parce que les critères de répartition ne pouvant être que le chiffre d’affaires ou la charge d’endettement, ces aides ont profité essentiellement aux agriculteurs déjà engagés dans le processus d’intensification et pas forcément aux plus démunis. »
» La fiction de l’unité du monde agricole que vous avez voulue sans arrêt maintenir, portait paradoxalement en elle-même la coupure entre les agriculteurs et les autres. « , dira Charles JOSSELIN (avant d’endossser les habits de ministre !)
Au-delà des mesures techniques destinées à tenir lieu de « nouvelle politique agricole« ,
au-delà de la réflexion sur la place de l’agriculture,
les députés socialistes sont animés d’une volonté de faire coïncider la politique agricole avec leurs exigences plus globales, en particulier celles qu’ils regroupent sous le thème de la « nouvelle citoyenneté« .
Yves TAVERNIER, au terme d’un brillant survol de l’histoire de la France rurale ( c’est un spécialiste de la question) conclut :
« – Yves TAVERNIER. Comme il y a trente-quatre ans, comme il y a vingt-trois ans, notre société situe le ménage paysan moyen au même niveau que le ménage ouvrier moyen. Cette donnée révèle une réalité essentielle: le paysan et l’ouvrier sont également exploités par la société capitaliste.
– J.P.CHARIE : C’est faux !
– Y.TAVERNIER : Mais ils le sont différemment. »
Pour H.DELISLE, « il n’y pas de hiérarchie dans la peine et la sueur« .
Le cap de la « nouvlle politique agricole » est clairement fixé :
« La grande mission qui vous attend, madame le ministre et nous, à vos côtés, c’est de réconcilier les travailleurs avec eux-mêmes. . Les réconcilier, c’est leur permettre de vivre de leur travail, dans un bain économique, social et culturel qui fasse de ces travailleurs de la terre des citoyens comme les autres. »
Le ton est lyrique, convaincu – convaincant ?.
» Il y a encore des Jacquou et des comte de Nanssac dans les campagnes françaises. Et nous, socialistes, – proclame Didier Chouat (PS/ Côtes d’Armor) – nous sommes d’abord du côté des agriculteurs les plus défavorisés. Voilà la vérité ! »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s