07_montagne et « auto-développement »

faire exister la montagne

Le débat avait commencé dans une ambiance des plus consensuelles. Les députés de la montagne avaient obtenu que soit créée une commission spéciale pour la montagne. Si l’on en croit les participants, la dite commission a été tout à la fois studieuse et conviviale :
« Monsieur le président (de séance), Vous-même avez pu apprécier les produits des Pyrénées et, tout particulièrement, ceux du pays Basque L’accorda été unanime.(Sourires.) »(M. INCHAUSPE (RPR /Pyrénées-Atlantiques)
Chacun avait vanté les mérites de son pays …
« – A.TOURNE. Je suis des Pyrénées-Orientales et bien entendu, l’air de la Cerdagne, de Font-Romeu me semble être particulièrement prédestiné [pour le thermalisme](Sourires.).
– R.de CAUMON. C’est pareil à Briançon !
– J.BROCARD. En Savoie aussi !
– R.SOUCHON [secrétaire d’État en charge du dossier montagne]. L’air d’Aurillac n’est pas mauvais non plus! (Sourires.)  »
… et plaidé …
… qui pour que des sites de déposes soient aménagés pour les hélicoptères « sur certains massifs » [J.BROCARD] …
… qui pour qu’on l’autorise à « construire une route qui établirait la liaison avec une station de ski »
( » Cela fait trois ans que la demande est refusée. La route gênerait, paraît-il,le passage des ours- trois ours que personne n’a d’ailleurs jamais vus !  » (M.INCHAUSPE)
… qui pour que Péchiney qui a décidé de quitter la vallée apporte des compensations [R.de CAUMONT] …
Mais au-delà de ces particularismes, les députés de la montagne attendent de ce projet de loi :
– qu’il fournisse à la représentation nationale l’occasion d’exprimer « solennellement » « la solidarité de l’ensemble de notre pays à l’égard de ses montagnes » ;
– qu’il permette de réhabiliter aux yeux de l’ensemble des Français la montagne et les montagnards « qui ont eu trop longtemps le sentiment de constituer, selon leur expression,un cas social collectif » et de convaincre la collectivité nationale que le développement de la montagne « est d’intérêt général« (L.BESSON) ;
– mais aussi – et surtout qu’ »il vaille engagement ferme et irrévocable de la part du Gouvernement« .
Il s’agit de faire reconnaître que la montagne n’est pas seulement « un espace aménagé par l’homme, entretenu par lui, créé même largement par son action » …
… pas seulement « le reflet d’une civilisation, d’une culture« …
… pas seulement « un patrimoine culturel » (J.P.FUCHS ).
… mais qu’elle a – qu’elle doit avoir – une « unicité institutionnelle »
Bref ! il s’agit de « faire exister » la montagne..
Tel est le fondement de l’appel que le rapporteur avait lancé à ses collègues, dès l’ouverture des débats: « Montagnards de tous les partis, unissez-vous ! » (R.de CAUMONT ), appel que Louis BESSON qualifie de » front uni pour la montagne« .
Jean-Jacques Bénétière – bien que député PS et élu de la montagne (Loire) – met en question le nouveau dogme de la spécificité de la montagne :
« Laisser entendre que les brouettes produites en montagne pourraient bénéficier de l’appellation « montagne » est complètement aberrant.  » ( Il ajoute quand même : « Au contraire, un saucisson est un produit « montagne»  »
(et, plus sérieusement ! )
 » Certes, l’agriculture de montagne présente plusieurs caractéristiques spécifiques. […] et l’agriculteur [ de montagne ) supporte des contraintes spécifiques.
Néanmoins, nous ne sommes pas en présence de mondes agricoles différents avec, d’un côté, les agriculteurs de montagne et les autres.
Si les agriculteurs de montagne n’ont pu se développer, c’est avant tout parce qu’ils sont de petits agriculteurs, vivant sur de petites structures de production. »
J’ai déjà fait état de l’opposition – parmi les députés socialistes – entre les « mutants » et les « impatients ».
Ici, nous découvrons une autre opposition – au sein des « mutants » cette fois.
Jean-Jacques Bénétière, la transformation à mettre en œuvre est d’abord d’ordre économique : le « développement » passe par une meilleure structuration entre les filières ( N’oublions pas que c’est lui qui a défendu le projet de loi sur les offices d’intervention.)
Pour Rémy de Courmont – et ses collèges socialistes de la montagne – il s’agit de promouvoir une autre forme de développement qu’ils appellent l’« auto-développement »

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