07_montagne et « auto-développement »

défense et illustration d’un concept-fétiche : l’« auto-développement »

L’un des fils conducteurs de la « nouvelle politique » ( de la montagne) est « le passage de l’assistance à la solidarité  »
 » Il y a, dit-il, une différence fondamentale entre ces deux notions.
L’assistance est une démarche à sens unique, qui fait de l’assisté un quémandeur et un obligé. C’est hélas! cette démarche qui a été longtemps appliquée au tiers-monde.

La solidarité, c’est au contraire ,la reconnaissance d’un échange égal et d’une convergence d’intérêts. » (DE COURMONT)
Louis BESSON, président de la commission spéciale, poursuit:
« Ce projet de loi est aussi un acte de foi dans les capacités des montagnards.
Quiconque connaît quelque peu les autochtones de la montagne, demeurés attachés à leurs activités traditionnelles, ne peut qu’être frappé par ces montagnards durs à la tâche et dignes dans l’adversité, comme devant la beauté de leur cadre de vie.
C’est cette démarche centrée sur l’homme de la montagne et sa responsabilité personnelle comme sur ses traditions de vie communautaire, que [nous préconisons et que nous désignons ] du nom d’« auto-développement
 ».  »
Michel Cointat (qui n’est pas un député de la montagne, faut-il le préciser) et le secrétaire d’État, René Souchon, vont se livrer – avec humour et Dictionnaire Littré à l’appui – à une exégèse contradictoire du terme « auto-développement ».
 » – M.COINTAT. « Auto», cela veut dire « de soi-même » ou « par soi-même » ». Un auto-développement, c’est donc un développement par soi-même.
On retrouve la même idée dans bien d’autres mots comme autodidacte, autoclave, autonomie ou autophagie
.(Sourires).
[…]
– R.SOUCHON. Je ne remets pas en cause le Littré, mais mon bon sens paysan ( René Souchon est député du Cantal !) m’a conduit à penser à « autocuiseur ».
Or l’autocuiseur a beau cuire lui-même, il faut lui apporter une source d’énergie, du gaz, de l’électricité ou du charbon.
Avec l’autodéveloppement, c’est la même chose: il faut apporter à la montagne la solidarité nationale, des fonds, des subsides. Cela n’empêche pas qu’on peut faire de l’autodéveloppement.
 »
Dans le texte qui arrive en débat – après passage au sénat – le terme « autodéveloppement » a été remplacé par « développement local »
Louis Besson considère que cette dernière expression « risque d’être trop banalisée pour bien exprimer tout ce que nous voulons mettre dans cette approche« .
Il propose – par voie d’amendement – de rétablir le terme « autodéveloppement »
Les députés de droite – évidemment – ne sont pas d’accord et recherchent des vocables de substitution.
Michel Inchauspé propose « autoprotection ».
Mais, le terme n’ayant pas les honneurs du dictionnaire, les experts de la droite seront obligés d’avoir recours à de longues périphrases pour dire l’idée qu’ils se font du « développement » :
« La politique de la montagne repose sur une démarche autonome de développement, engagée et maîtrisée par les montagnards, qui recevront l’appui et le soutien de l’Etat, des collectivités territoriales, des établissements publics, par lesquels s’exprime la solidarité envers la montagne. »
Jean-Paul Fuchs, qui défend ce sous-amendement, pense avoir trouvé la formule « qui peut recevoir l’adhésion de tous » ( parce qu’elle concilie « démarche autonome » et « solidarité » ).
Il insiste :
« Encore une fois, ne nous braquons pas sur les termes, mais sur les idées. »
Le président de la commission spéciale, Louis Besson, a beau admettre que cet amendement ne fait qu’ »expliciter ce que nous voulions dire »
( Il ajoute d’ailleurs,:  » C’est déjà un grand pas que d’arriver à une même signification, même si les mots ne font pas encore l’unanimité. « ),
la sentence est sans appel : « La commission n’a pas retenu le sous-amendement. » L’Assemblée fera de même.
Pour la première fois – et , me semble-t-il, la dernière fois – le mot « autodéveloppement » va faire son entrée dans le corpus législatif !
De telles querelles – qui ne sont pas sans rappeler, en apparence, les débats théologiques sur le sexe des anges – ne peuvent que nous amener à nous interroger : les mots trouveraient-ils en eux-mêmes un pouvoir qui dépasse leur sens ?
( René Char ne disait-il pas – et j’ai mis cette phrase, que j’aime beaucoup, en exergue de mon autre blog « à quoi servent les débats de l’Assemblée nationale ? »/ http://karlcivis.blog.lemonde.fr/)– « Les mots savent de nous des choses que nous ne savons pas d’eux. » ?)
Robert de Caumont justifie ainsi le refus de céder sur le mot « autodéveloppement » :
« Voilà pourquoi nous tenons à certains vocables; non parce qu’ils ont valeur de symbole, moins encore parce qu’ils peuvent servir de prétexte à de faux clivages mais bien parce qu’ils sont porteurs d’avenir pour la montagne, à laquelle nous sommes tous profondément attachés. »
Les mots sont « porteurs »… à la façon des murs qui soutiennent l’édifice.
Mais il y a un risque : si les mots s’affaissent, tout l’édifice s’écroule.
Que restera-t-il alors de ce laboratoire qu’est la montagne … et de cette belle idée que solidarité et autonomie font plus – valent plus – qu’assistance ?

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