retraites 2003 : Martine BILLARD (au jour le jour)

j09 ( 19 juin )
« L’accroissement de la durée du travail se traduira à terme par une réduction de l’espérance de vie pour les travailleurs qui exercent les travaux les plus durs. »

« Martine B. » ne se mêle pas directement à la « querelle des femmes » – si ce n’est en glissant quelques réflexions du genre :
« Combien la droite présente-t-elle de femmes sur ses listes ?(Sourires.) »

Elle ne se mêle pas non plus de l’accord UMP/PS … mais cela ne l’empêche pas d’avoir des problèmes avec le président de séance [E.RAOULT], qui lui coupe carrément la parole …

« – Martine Billard.Rappel au règlement !
– Le président.La parole est à Mme Martine Billard, pour un rappel au règlement.
– Martine Billard. Monsieur le président, je voudrais éviter les quiproquos et les faux débats .
– Le président. Madame Billard, pardonnez-moi, mais votre intervention concerne le fond. Ce n’est pas un rappel au règlement ! (Applaudissements sur les bancs de l’UMP. )
– Martine Billard. Non ! Je veux éviter tout quiproquo avec M. le ministre au sujet de l’article 4…
– Le président. Nous allons reprendre la discussion des articles. »
(sic transit … !)

Sur le fond
… « Martine B. » est intervenu sur chacun des deux articles en discussion.

 Sur l’article 4

    « L’article 4 est certainement celui qui a soulevé le plus d’illusions dans le pays.

Au vu de tout ce qui a été dit et écrit sur la question du montant minimal garanti pour les petites pensions, nombreux sont ceux qui se sont imaginés que, après avoir travaillé toute leur vie, ils seraient au moins assurés de bénéficier au moins de 85 % du SMIC.
Toutefois, quand ils apprennent les conditions requises pour obtenir ces fameux 85 %, beaucoup d’entre eux déchantent : en effet, il faudra avoir cotisé à taux plein pendant une durée de quarante ans, puis, plus tard, de quarante et un et, encore plus tard, de quarante-deux ans. Un tel dispositif écarte un grande nombre de salariés, en particulier de femmes, qui, pour diverses raisons, notamment le chômage, n’auront pas cotisé à taux plein durant quelques années.
De plus, cette garantie d’un montant minimal s’applique au moment de la liquidation. Mais que se passera-t-il par la suite s’il y a des dérapages. Il nous est répondu qu’il ne faut pas s’inquiéter, que des rendez-vous réguliers sont prévus et que des « coups de pouce » seront donnés quand cela s’imposera. Toutefois, l’expérience nous montre que, depuis 1983, les « coups de pouce » n’ont malheureusement pas toujours été donnés, sinon nous n’en serions pas là où nous en sommes aujourd’hui.»

 Sur l’article 5

 « L’article 5 introduit le principe d’un allongement de la durée de cotisation lié à l’augmentation de l’espérance de vie. Il inscrit d’ores et déjà dans la loi la perspective d’une durée de quarante et une annuités en 2012.
Or, pour que cet allongement ait un sens, il faudrait que la France manque de main-d’œuvre et ne connaisse plus un taux de chômage de 9,3 %,
qu’il n’y ait pas qu’un tiers des salariés de cinquante-cinq ans et plus au travail, les autres étant en préretraite, en longue maladie ou au chômage,
que les employeurs n’aient plus tendance à exclure de plus en plus les salariés les plus âgés. »

« Martine B. » ajoute :

« L’accroissement de la durée du travail se traduira à terme par une réduction de l’espérance de vie pour les travailleurs qui exercent les travaux les plus durs. »

Elle prend plusieurs exemples pour montrer comment les conditions de travail qui sont celles de nombreux travailleurs ne permettent pas d’envisager une extension indéfinie du temps passé au travail.

C’est ainsi qu’elle fait allusion :

– aux travailleurs qui portent des charges lourdes ;

( « 70 % des hommes souffrent de mal de dos entre 45 et 54, et 80 % des femmes après 50 ans. »)
– au fait qu’« il n’existe plus de temps mort » , « et si vous n’arrivez plus à suivre les cadences, c’est la porte » ;

– à « la pratique des horaires postés ou décalés » ;

– à « l’intensification du travail »
( « [Celle-ci] s’est répandue dans toutes les entreprises, avec l’introduction de contraintes de temps de plus en plus élevées dans la réalisation d’un travail, dans l’accomplissement d’une mission.)

– à « la dépendance temporelle vis-à-vis des clients d’une entreprise ou d’une entreprise donneuse d’ordres »
(qui, « non seulement l’univers de l’industrie, mais aussi le domaine des services », amène les salariés à « un stress de plus en plus élevé »).

Le dernier exemple qu’elle prend a un côté prémonitoire … puisqu’elle parle d’un élargissement des « possibilités de travailler le dimanche » :
« L’existence des deux jours consécutifs de repos est fréquemment mise à mal, dégradant encore les conditions de travail et de récupération physique. Elles risquent même d’être encore dégradées puisque un grand nombre d’entre vous, au sein de l’UMP, propose que l’on puisse élargir les possibilités de travailler le dimanche. »

« Martine B. » partagerait-elle avec « Madame Soleil » quelque don de voyance ?
Je ne le pense pas.
Mais cette « pré-diction » met en évidence l’une des fonctions du débat parlementaire. Celle qui consiste – pour les députés l’opposition comme ceux de la majorité – à lancer des ballons d’essai, à tester de nouvelles idées, de nouvelles mesures.
En attendant qu’une alternance ou un évènement particulier ne vienne fournir une « fenêtre de tir » qui permette de faire passer l’idée géniale …
( je ne suis pas sûr que l’extension du travail le dimanche soit, à proprement parler, une « idée géniale » !)
… que l’on a souvent défendu dans la plus grande indifférence –y compris des députés de son parti !
Les débats servent – aussi – à cela.