Une autre lecture du débat sur les retraites ( 2003 ) ?

 L’heure est au bilan … et aux surprises !

Karl Civis.  « A bon entendeur, salut ! » … Ils n’ont pas l’air très « entendeurs », très « écouteurs » tes députés !
DM. Certes ! Mais quelle ne fut pas ma surprise – et je pense que toi aussi, tu ne manqueras pas d’être surpris – voire incrédule – quand j’en arrivai aux interventions précédant le vote du texte, interventions dans lesquelles les « leaders » dressaient un bilan du débat. !    Le ton avait complètement changé :
« Nous avons connu, pendant près de quatre semaines, un vrai débat parlementaire, qui fait honneur à notre institution. » , dit l’un (député de l’opposition).
«
 Nous avons connu de grands moments, de vrais débats, de vraies confrontations, et c’est l’honneur de notre assemblée que de le permettre. » , dit un autre (lui aussi député de l’opposition).    Et, pour ne pas être en reste, un député de la majorité ajoute (mais il n’est pas sûr que son avis soit représentatif de l’avis de la majorité de la majorité !) : «Chacun avec ses convictions et son tempérament a contribué à redorer l’image de la politique. »

Même le ministre (qui pourtant déclarait, au bout d’un peu plus d’une semaine de débat :  « Nous sommes en face d’un blocage caractérisé du travail parlementaire … on est en train de ridiculiser l’institution parlementaire »)  affirme à son tour : « Contrairement à ce qui était la règle depuis bientôt vingt ans, nous avons su écouter.» 

Et le président de l’Assemblée [majorité] de conclure le débat sur une note franchement optimiste :
« Nous avons pu montrer qu’on pouvait s’opposer en s’estimant, on pouvait discuter en se respectant
, et c’est cela, la démocratie parlementaire
    En ce qui le concerne, cette prise de position n’est pas la première du genre ; n’avait-il pas déclaré, deux semaines auparavant, alors que la « bataille » menée par l’opposition atteignait des sommets inquiétants :
«  Monsieur B., les débats à l’Assemblée nationale ne sont jamais stériles. [Applaudissements à gauche. / Un député  de l’opposition : « Voilà une parole de président ! »] ?

 

Retour sur ces déclarations :

     « Nous avons connu, pendant près de quatre semaines,
un vrai débat parlementaire, qui fait honneur à notre institution. »

« – Député 1 de l’opposition [président du groupe PCF, « Monsieur B. »].  Monsieur le président, je demande la parole.
– Le président. Monsieur B., il est trop tard pour demander le quorum, mais je vous donne la parole car je suis un libéral ! (Sourires.)
– Député 2 de l’opposition.  Gaulliste ou libéral ?
– Député 1 de l’opposition. Monsieur le président, rassurez-vous : je ne demanderai pas de vérification du quorum ce soir … Je voudrais simplement dire, au nom du groupe des députés communistes et républicains, que nous avons connu, pendant près de quatre semaines, un vrai débat parlementaire, qui fait honneur à notre institution.
– Député 2 de l’opposition.  Et à son président !
– Député 1 de l’opposition. Même s’il y a toujours un peu d’écume dans ce genre de discussion, il faut reconnaître que nous avons eu un débat, argument contre argument, et que les amendements défendus par les uns et les autres ont permis de discuter du fond du problème. […]
Après avoir passé quatre semaines ensemble, à échanger des idées que nous ne partageons pas, je vous propose de réfléchir à ce proverbe chinois : « Si je te donne un oeuf et que tu me donnes un oeuf, nous avons chacun un oeuf. Mais si je te donne une idée, et que tu me donnes une idée, nous avons chacun en tête deux idées. «   (Applaudissements sur tous les bancs.) »

« Nous avons connu de grands moments,
de vrais débats, de vraies confrontations,
et c’est l’honneur de notre assemblée que de le permettre. »

« – Un député  de l’opposition [président du groupe PS.] Monsieur le président, je tiens à m’associer aux remerciements que mon collègue [monsieur B.] vient d’exprimer.
Il est vrai que certains ont pu marquer leur impatience, souhaitant peut-être que ce texte soit voté au plus vite. Demain, chacun des groupes aura l’occasion de donner ses explications de vote, mais je tiens dès ce soir à dire qu’il était normal que, sur un texte de cette importance, sur une réforme sociale qui concerne les Français et les générations futures, nous passions le temps nécessaire.
Du reste, au-delà de certaines péripéties et de moments qui se sont apparentés à de l’obstruction et à des blocages, nous avons connu de grands moments, de vrais débats, de vraies confrontations, et c’est l’honneur de notre assemblée que de le permettre.
    Vous avez, monsieur le président, fait preuve de patience pour permettre ce débat. Je tiens à vous en remercier également, au nom de mon groupe. Je pense aussi qu’au-delà des divergences, nous avons su nous respecter, nous parler, confronter nos idées, et c’est là l’essentiel.

«Chacun avec ses convictions et son tempérament
a contribué à redorer l’image de la politique. »

« –  Un député de la majorité. Si vous me le permettez, mes chers collègues, je voudrais en terminant vous apporter le témoignage du député élu pour la première fois l’an dernier que je suis. J’ai le sentiment d’avoir été au cœur de ce que je considère comme une entreprise de réhabilitation de la politique. Chacun avec ses convictions et son tempérament a contribué à redorer l’image de la politique. »

« Contrairement à ce qui était la règle depuis bientôt vingt ans,
nous avons su écouter.»

« – Le ministre. Je veux [enfin] dire mon respect pour l’opposition à raison du travail qu’elle a accompli tout au long de ces débats…
–  Un député de l’opposition. Tout de même !
– Le ministre. … en particulier pour tous ceux qui l’ont animé avec talent, avec vigueur, même s’il m’a parfois semblé que la touche « répétition en boucle » était enfoncée. […] Contrairement à ce qui était la règle depuis bientôt vingt ans, nous avons su écouter. »

« Nous avons pu montrer qu’on pouvait s’opposer en s’estimant,
on pouvait discuter en se respectant
,
et c’est cela, la démocratie parlementaire

« Le président de l’Assemblée nationale.    Je voudrais à mon tour, et au nom du personnel, remercier chacune et chacun d’entre vous. Ce débat, je le crois très profondément, a honoré notre assemblée. Surtout, au cours de ces longues semaines, nous avons pu montrer qu’on pouvait s’opposer en s’estimant, on pouvait discuter en se respectant, et c’est cela, la démocratie parlementaire. (Applaudissements sur tous les bancs.) »

  

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