laïcité et Histoire

Jean-Pierre Balligand SOC Aisne
____________________________

Le terme de « laïcité » n’est entré dans le dictionnaire qu’en 1872, à l’orée de la IIIe République et de sa succession sans précédent d’incarnations réglementaires, mais l’idée de laïcité est bien antérieure.

Effleurée dès le Moyen Age, approchée par le mouvement de la Réforme, renforcée par l’action même de la Contre-Réforme, puis guidée par les philosophes des Lumières, l’idée laïque, fondée à l’origine sur une défiance grandissante à l’égard des ordres et du clergé, a fait progressivement son chemin jusqu’à la Révolution française.

Forte de la chute définitive de la monarchie de droit divin et de la sécularisation réaffirmée du pouvoir politique, la prééminence de la loi sur la religion est alors solennellement établie, au profit d’une nouvelle hiérarchie des normes, consacrée par la Constitution de 1791 : en premier, la nation ; en deuxième, la loi ; en troisième, le roi.

C’est d’ailleurs la loi − qui n’est pas autre chose que l’expression de la nation à travers ses représentants − qui crée dès 1792 « l’état civil », à savoir la reconnaissance supérieure d’une citoyenneté rendue vivante par la naissance ou le décès, indépendamment d’un temps religieux rythmé par les sacrements du baptême ou de l’extrême-onction.

Le plus étonnant est que cette préhistoire de la laïcité, vieille de plus de deux siècles, porte déjà en germe les débats animés qui nous occupent aujourd’hui − et peut-être aussi leur résolution.

Première constatation : la loi a toujours vocation à être le vecteur prioritaire de l’affirmation de la laïcité. Elle n’a d’ailleurs pas à être considérée comme une simple défense : la loi, parce qu’elle est performative, est pleinement apte à fonder une identité républicaine qui transcende les croyances de chacun. La présente initiative législative mérite par conséquent notre plus éminent intérêt et justifie l’examen très attentif auquel nous nous apprêtons.

Seconde constatation : l’idéal de liberté, que brandissent aujourd’hui certains protagonistes de bonne foi, constituait déjà en 1789 une pierre d’achoppement entre défenseurs mêmes de la laïcité. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui institue une véritable liberté de pensée, proclame, au nom de cette liberté, que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses », tout en précisant aussitôt après : « pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

Ce célèbre article 10 trahit − tout en le résolvant − le conflit nodal qui a opposé les partisans de « la liberté au nom de la laïcité » et ceux de « la laïcité au nom de la liberté ».

Lire aussi : BALLIGAND 1

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s