laïcité et Histoire

Jean-Michel Dubernard UMP Rhône
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Comme le disait le doyen Carbonnier, la laïcité est plus « historique » que « logique ». On ne peut apprécier aujourd’hui cette exception française si l’on n’a pas en mémoire les luttes qui l’ont engendrée.

Notre pays – nous le déplorons tous – a mis des siècles à régler la question juive et près de trois cents ans à régler la question protestante. Fuite des juifs en Hollande, fuite des huguenots, fuite des prêtes réfractaires, fuite des chartreux vers l’Italie au début du siècle dernier : les vicissitudes de notre histoire ont épouvanté nos voisins européens, qui ont accueilli les fugitifs au gré de nos convulsions religieuses. Notre histoire et la violence fondatrice de la laïcité pèsent sur les discussions présentes et expliquent sans doute la pudeur religieuse des Français comme la réticence des politiques à débattre de ces questions en public. […]

Notre laïcité est tellement à part que personne ne la comprend aisément, et que nous-mêmes l’avons un peu perdue de vue. Elle mêle ce que j’appellerai la « petite » et la « grande » laïcité.

Parler de « petite laïcité » ne revient pas à en minorer l’importance politique. Héritée des ardents débats qui secouèrent ces bancs de 1882 – avec Jules Ferry – à 1905, en passant par 1901, cette laïcité vit la République envoyer l’armée française dans les couvents à la veille de la Grande Guerre.
M. Jean-Pierre Brard. C’était pour assurer la mixité ! (Sourires sur les bancs du groupe des député-e-s communistes et républicains.)

M. Jean-Michel Dubernard.  Pour l’école, elle fut, on le sait, un grand exercice de soustraction : l’école moins l’enseignement religieux, moins les Frères et autres Ursulines, moins les crucifix dans la classe. Bilan de ces luttes aux frontières de la guerre civile : nous avons fait de l’espace scolaire un « sanctuaire ». Comme le dit si bien Régis Debray, les religions sont désormais « respectées » mais « tenues en respect » dans le lieu de formation des esprits et d’apprentissage de la vie en commun.

La « grande laïcité », elle, remonte à la nuit des temps, au-delà même de la Réforme et d’hommes comme Locke, Bayle et Spinoza : à Rome, à Athènes, et jusqu’à Jérusalem. C’est la laïcité qui tranche au rasoir entre la politique et la religion, le pouvoir et le message, le trône et l’autel, l’Eglise et l’Etat.
Nous la partageons avec des peuples à ce point religieux qu’ils nous paraissent « bigots » – terme qui proviendrait de l’expression by God. Les Américains en ont fait le socle de leurs libertés. Il est bon de relire cet après-midi, sur les bords de la Seine, la première phrase du premier amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique,…

M. Jean-Pierre Brard. C’est la Constitution de Bush !
M. Jean-Michel Dubernard. ...en date du 15 décembre 1791, soit un an avant les massacres parisiens de 1792 : « Le Congrès ne fera pas de loi en matière de religion. » Aujourd’hui, l’Assemblée nationale ne va pas voter une loi en matière de religion, ou hostile aux religions, mais une loi de liberté. Nos amis étrangers vont devoir le comprendre.

Lire aussi : DUBERNARD 1

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