Laïcité et Islam

Jacques Myard UMP Yvelines

 

Avec la fin de l’URSS, quelques esprits naïfs et bavards ont cru à la fin de l’histoire. Ils sont passés à côté de l’essentiel : la formidable rupture Nord-Sud, démographique, économique mais aussi et surtout culturelle, politique et existentielle.
Le Sud, c’est bien sûr l’Afrique, mais c’est d’abord la Méditerranée et l’islam. Ces dernières décennies, peu d’esprits ont compris ce qui se passait dans cette partie du monde où culture, religion et civilisation sont trois facettes d’une même réalité. Certains ont même cru que l’islam serait un rempart contre le communisme et l’ont instrumentalisé à cette fin et à leurs dépens.
Pis encore : débarrassés du boulet de l’affaire algérienne, les gouvernements français successifs ont voulu tourner la page et tourner le dos à ces hommes identifiés dans notre mémoire à des événements douloureux, d’un autre temps, dont la venue sur notre sol n’était souhaitée que pour remplir les tâches les plus pénibles.
C’était oublier que les hommes ne sont pas des marchandises, des outils, mais des cultures.
C’était oublier le formidable renouveau de l’islam qui est en route depuis quatre-vingts ans. Il a commencé avec les Frères musulmans en Égypte dans les années vingt. Ceux-ci professent le retour à la lettre du Coran, le fondamentalisme, qui est structuré en fonction d’une notion particulière du temps : pour ces doctrinaires, plus on s’éloigne du temps du prophète, plus l’humanité se dégrade. Le progrès n’existe pas. L’âge d’or est le temps du prophète.
Le fondamentalisme n’est pas nouveau en terre d’islam. Il y est même récurrent. Il a mis un terme à chaque tentative des modernes – modernes musulmans – qui souhaitaient rénover le message coranique en le passant à l’aune de la raison et des progrès de la civilisation. Avicenne, philosophe et médecin qui vécu de 980 à 1 037 et Averroès, philosophe qui a vécu de 1126 à 1198 en ont fait tous les deux les frais.
Alors que renaissait sur la rive sud de la Méditerranée, une foi fondée sur un dogmatisme totalitaire, c’est-à-dire absolu et global, au même moment la société française érigeait en dogme le primat de l’individualisme et de l’hédonisme, prônait le droit à la différence dans tous les domaines au nom de la liberté et faisait passer au second plan ce qui rassemble. « Les hommes ont le choix entre cultiver leur différence et approfondir leur communion », disait Malraux.
La rencontre de ces deux mondes ne pouvait engendrer au mieux que l’incompréhension, au pire l’affrontement.
C’est bien en ces termes que se posent les enjeux d’aujourd’hui et il ne sert à rien de croire et d’espérer que l’eau et le feu soient compatibles. C’est l’un ou l’autre, ne nous faisons aucune illusion.
Si la lecture dogmatique et littérale du Coran, qui donne une vision totalitaire et globale du monde, devait l’emporter sur une vision plus rationnelle de l’islam, l’affrontement est certain.

Le pourquoi et le comment de cette série sur la laïcité :
laïcité/ propos de députés ( 2004 ) : le pourquoi et le comment
une vue d’ensemble :
laïcité : paroles échappées du texte ( Assemblée nationale / 2004 )

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