00-2_présupposés_les fonctions de l’Assemblée vues par les députés

« la vertu du débat »

Le Premier ministre – F.FILLON :
La société française réclame des débats riches, comme elle, vivants, comme elle, complexes, comme elle. Nous avons le devoir d’offrir à ces débats, qui de toute façon se tiendront avec ou sans nous, d’autres tribunes que les rues, d’autres espaces que les forums interactifs sur le Net, d’autres lumières que celle des plateaux de télévision, d’autres tribuns que les démagogues qui font de l’antiparlementarisme le tremplin de leurs ambitions. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et du groupe Nouveau Centre.)
Nous avons le devoir de ramener les débats qui traversent notre société dans cette enceinte.
J.M.AYRAULT reprend à son compte cette idée :
« En ces temps difficiles, où nous avons besoin de dialoguer, de débattre et de confronter nos solutions. »

Mais il n’est pas certain que les deux intervenants soient – au fond – sur la même longueur d’ondes.
Quand F.FILLON parle de « ramener les débats qui traversent notre société dans cette enceinte » – ou lorsque  J.C.LAGARDE parle de « restaurer le Parlement, comme instance privilégiée du débat politique »
ils ont en tête les « grands débats » qui traversent la société ( sécurité, bioéthique, mariage, etc. ). Ce qui constitue une autre version de la « fonction tribunitienne »

J.M.AYRAULT, quant à lui, est plus terre-à-terre quand il fixe comme objectif au débat de « corriger, d’amender, d’améliorer une copie forcément imparfaite du Gouvernement ».

« L’intérêt du débat parlementaire », affirme J.MALLOT, est de faire « apparaître, par l’échange, la vraie nature de chaque alinéa, sa portée, ses limites, qui permet de progresser ensemble et d’éviter bien des erreurs dans la rédaction de la loi ».

Quant à R.DOSIERE, il met en relation la « définition » du Parlement – « Le Parlement, c’est son nom même, est le lieu où l’on parle » – avec la pratique du parlementaire expérimenté qu’il est :
«  À en croire les apparences, on peut parfois y perdre un peu son temps ; mais en fait, on ne perd jamais son temps à pratiquer la démocratie, à s’écouter, à débattre, et à exprimer le point de vue des citoyens. »

« Gloire aux pays où l’on parle …»
Avec J.J.URVOAS, il n’est pas inutile de rappeler le contexte – souvent escamoté – dans lequel G.CLEMENCEAU a prononcé cette phrase :
Qu’il me soit permis de rappeler une phrase, que vous connaissez sûrement, que nous devons à Georges Clemenceau s’exprimant à la tribune de cette assemblée, alors qu’il défendait, face au général Boulanger, le régime parlementaire :
« Vous avez raillé le Parlement ! Il est étrange, pour vous, que cinq cent quatre-vingts hommes se permettent de discuter des plus hautes idées qui ont cours dans l’humanité et ne résolvent pas d’un seul coup tous les problèmes économiques et sociaux qui sont posés devant les hommes.
[…]
Eh bien, puisqu’il faut vous le dire, ces discussions sont notre honneur à tous. Elles prouvent surtout notre ardeur à défendre les idées que nous croyons justes et fécondes. Ces discussions ont leurs inconvénients, le silence en a davantage encore. « Oui ! gloire aux pays où l’on parle, honte aux pays où l’on se tait.
Si c’est le régime de discussion que vous croyez flétrir sous le nom de parlementarisme, sachez-le,
[…] c’est la République sur qui vous osez porter la main. »

Prolongeant la parole du maître, J.J.URVOAS va défendre, à plusieurs reprises au cours des débats[1] « une conception qui, croit à la confrontation des opinions, à la fécondité du débat contradictoire » :
« Il fut un temps dans cette enceinte où à la question « Comment approcher la vérité, dégager la décision juste, trouver la solution la meilleure ? », l’esprit du temps répondait : par la confrontation des opinions, ce qui n’est pas la même chose que la négociation entre intérêts. C’est l’étymologie même du mot qui le souligne, nul Parlement ne se conçoit sans discours ni débats. [..]  permettre que la délibération publique entre opinions divergentes constitue la garantie la plus sûre pour produire un résultat vrai, juste et bon. »

[1]  J.J.URVOAS deviendra président de la commission des lois de la XIVème législature ( présidence de F.HOLLANDE ).
Voir l’évolution de l’intéressé dans
actualité 2014/ réforme du travail parlementaire_mais où sont les socialistes d’antan ( URVOAS )

 

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