2007_SARKOZY : discours d’Epinal sur les institutions

« Je ne changerai pas les grands équilibres de nos institutions. Je ne tournerai pas la page de la Ve République. »

Et si depuis 25 ans les changements nécessaires n’ont pas été accomplis, si depuis 25 ans le pays accumule des retards, ce n’est pas comme auparavant parce que les institutions empêchent des hommes de qualité d’agir.

Ce ne sont pas les institutions qui sont en cause, ce sont les idées, les comportements, les actes.

Ce ne sont pas les institutions qui sont en cause, ce sont les politiques qui sont menées qui manquent d’audace, qui manquent d’ambition, qui restent prisonnières de la pensée unique.

La Ve République a donné à la République pour la première fois dans notre histoire la stabilité gouvernementale. Ce n’est pas rien. Il ne faut donc y toucher qu’avec beaucoup de précautions, même si cette stabilité qu’ont si longtemps espérée tous ceux que désolaient l’impuissance de l’Etat a été payée d’un déséquilibre parfois excessif au profit du pouvoir exécutif et au détriment du pouvoir législatif.

Il faut s’approcher de la Constitution de 1958 avec le respect que l’on doit à un grand texte qui a jusqu’à présent rendu de grands services à notre pays. Je ne suis pas sûr que dans le passé on n’ait pas déjà pris trop de libertés avec notre Constitution sans en peser toutes les conséquences.

Je l’ai dit au cours de la campagne présidentielle : je n’ajouterai pas l’incertitude institutionnelle à la crise identitaire et sociale que traverse notre pays.

Je ne changerai pas les grands équilibres de nos institutions.

Je ne tournerai pas la page de la Ve République.

Mais il est vrai que depuis un demi-siècle, le monde et la société française ont beaucoup changé et que le moment est venu de nous interroger sur la manière dont ces changements affectent nos modes de gouvernement et l’idée que nous nous faisons de la démocratie.

Il est vrai que depuis un demi-siècle, la constitution de l’Europe a beaucoup progressé et que le droit communautaire a pris une place grandissante dans notre vie quotidienne.

Il est vrai que depuis un demi-siècle, de nombreuses innovations ont été introduites dans nos institutions qui nous appellent à nous interroger sur leur cohérence.

Il est vrai que depuis un demi-siècle, les pratiques ont beaucoup changé et que le moment est venu d’en tirer les leçons.

Il ne s’agit pas de dénaturer les institutions qui sont les meilleures que la France ait eu depuis 200 ans.

Il ne s’agit pas de revenir à la IVe République en prétendant faire la VIe.

Les institutions : « un débat trop longtemps différé »

Il ne s’agit pas de revenir aux errements du passé. Mais il s’agit d’ouvrir ce débat trop longtemps différé. C’est le rôle du Président de la République tel que l’avait conçu le Général De Gaulle.

C’est le rôle du Président de la République parce qu’il est la clé de voûte des institutions, parce qu’il est le garant de leur bon fonctionnement.

Mais ce n’est pas l’affaire du seul Président. C’est l’affaire de la nation tout entière. C’est l’affaire de tous les Français.

Les institutions c’est notre règle commune, qui nous permet de vivre ensemble. Elles ne sont fortes, elles ne sont efficaces que si chacun les accepte, que si chacun leur reconnaît une légitimité. Cette légitimité elle se gagne dans la durée. Il a fallu longtemps pour que la Ve République devienne légitime aux yeux d’une partie de la gauche, malgré le vote des Français qui l’avaient largement approuvée. Il a fallu l’alternance et deux septennats de François Mitterrand pour que les institutions de la Ve République cessent d’être regardées par une partie de la gauche comme un  » coup d’Etat permanent « . Il a fallu du temps pour que tous ceux qui ne pouvaient pas se défaire du souvenir du 18 brumaire et du 2 décembre et qui avaient cru en retrouver la réplique dans le 13 mai 1958, finissent par accepter la légitimité de l’élection du Président de la République au suffrage universel et du parlementarisme rationalisé qui instaure un exécutif fort.

Il a fallu du temps pour que les inconditionnels de la démocratie représentative, qui se méfient des passions populaires, acceptent que nos institutions fassent une plus large place à la démocratie directe.

Pour que chacun se reconnaisse dans les institutions, pour qu’il se les approprie, pour qu’il les fasse siennes, il faut que chacun se sente partie prenante dans leur évolution.

Il faut que chacun se sente acteur. Il faut que chaque sensibilité, chaque point de vue puisse s’exprimer. C’est pourquoi je souhaite que le débat sur la modernisation de nos institutions ne soit pas seulement un débat à l’intérieur de la majorité présidentielle, ni seulement entre les hommes politiques ou seulement entre juristes.

Je veux que ce débat soit un débat ouvert, qu’il soit ouvert à tous les partis, à toutes les sensibilités, à toutes les écoles de pensée. Cette ouverture, seul le Président de la République peut la conduire parce qu’il est l’élu de la nation, parce qu’il est le Président de tous les Français, parce qu’il n’est pas prisonnier d’un parti, parce que son rôle est de rassembler, parce que son rôle est de parler pour tous les Français, parce que son rôle est de faire vivre la diversité française.