Débattre : à quelles conditions ? Le contre-exemple du débat sur les retraites 2010

Je dirai ici que, pour qu’il y ait véritablement débat, il faut qu’il y ait  une éthique du débat …… et je dirai cela à la façon des « dix commandements »

 1) « Fidélité à ton parti, tu accorderas, mais pas allégeance. Pas au point de mettre sous le boisseau ta liberté de parole et de vote .»

2) « Point ne considèreras les députés qui ne sont pas de ton parti comme des ennemis, mais comme des gens qui portent les aspirations d’un grand nombre de citoyens. »

3) « Point n’utiliseras l’insulte. Ni le mensonge. Ni n’accuseras, à tout bout de champ, l’autre de « mensonge », de « démagogie », de  « mauvaise foi » … et autres gentillesses qui ne font guère progresser le débat. Ni, a fortiori, , ne lui reprocheras de  « faire de la politique » ! »

4) « Les procédures tu respecteras, tu utiliseras. Au service du débat, mais pas à la place – contre – le débat. A l’obstruction, en dernier ressort, tu te livreras pour souligner l’importance de tel sujet, de tel renoncement et pour que le citoyen qui t’a élu ne puisse voir que tu as défendu jusqu’au bout ses idées et ses aspirations »
Avec intelligence le feras, et – pourquoi pas ? – avec humour [Pourquoi faudrait-il que l’Assemblée fût triste ! ]5) « Un bon président choisiras, qui sache faire avancer le débat sans mettre à mal la liberté de parole  et le droit d’amendement  – qui sont des droits imprescriptibles du parlementaire – et qui n’ait d’autre préoccupation que de faciliter le vivre-ensemble des députés, sans passer à pertes et profits tout ce qui donne vie, chair, cœur au débat, à la loi, à la nation » (De ce point de vue, entre 2003 et 2010, comme on dit,  « il n’y a pas photo !  » ) »

6) « Sur ton expérience tu t’appuieras – quelles soit professionnelle ou de terrain ( le « sacro-saint terrain » !) ; mais point n’excluras du débat ceux de l’Assemblée qui ne sont pas, comme toi, médecins, avocats … ou garagistes !; car vous vous exprimez devant l’Assemblée, « en tant que représentants du peuple et dans l’intérêt général », et non pas « sur ce que l’un ou l’autre a pu faire ».

7) « Allusion tu pourras faire à tes mandats locaux pour dire la diversité des gens, des territoires, des situations, des problèmes ; mais point ne transformeras l’Assemblée de la nation en un congrès d’élus locaux » ; car ta mission est justement de faire de l’un, de faire du lien, d’assembler – bref de faire exister la nation ! »

8) « Point ne t’approprieras une partie des citoyens qui sont/ qui font  la nation  car c’est « tous ensemble »  que vous, député, êtes dépositaires de la « souveraineté » ; et il convient que la loi qui naîtra de vos débat sera la « loi de tous »  (car, autrement, le citoyen n’adhérera pas, ne se sentira pas « obligé » par ladite loi). » 9) « L’exemple tu donneras » ( « Nous ne pouvons pas demander à nos concitoyens d’apprendre à vivre ensemble, et, sur le plan parlementaire, de rejeter le vivre-ensemble. ») mais toi-même tu seras dans le débat ;  point ne mettras au vestiaire ta spontanéité, ton mordant, ton humour ;  car il faut de la « chair » au débat et il convient que le citoyen se rende compte – accepte – que  l’Assemblée de la nation est une assemblée faite de « de chair et d’os »… et que, on a beau être député, on n’en est pas moins homme ! »10) « L’éloquence – le « beau parler » -ne renieras pas car ta parole est une parole publique, destinée à être publiée, donc lue. »