débattre : à quoi çà sert ? Le contr’exemple du débat sur les retraites 2010

3) donner FORCE à la loi

Une fois voté, le texte qui sortira des débats aura « force » de loi. « Dura lex, sed lex » : « la loi est dure … mais c’est la loi ! » … et, peu ou prou, nous y obéissons … même si nous ne l’approuvons pas, même si nous n’avons pas voté pour ceux qui – parce qu’ils ont/ parce qu’ils sont la majorité – ont « fait » la loi
Tel est le lot de la démocratie : la loi du nombre, le règne souverain de la majorité. Alors, pour que celui qui n’a pas souhaité la loi accepte quand même de s’y soumettre, il faut  que cette loi soit  discutée, mise en pièce ; il faut  que l’on pèse le pour et le contre,  que l’on se demande s’il n’y a pas d’autres solutions, d’autres « alternatives ».
L’opposition est là pour faire entendre la « voix » de ceux qui avaient choisi une autre « voie », une autre loi. La violence qui se manifeste dans certains débats – entre autres, sous forme d’« obstruction » – répond à cette violence fondatrice du contrat citoyen. 

Or, ce que l’on peut dire, c’est qu’en dehors de la dernière séance – où le couvercle de la marmite a sauté – l’opposition a fait preuve de beaucoup de sagesse. Elle a le plus souvent privilégié les déclarations générales à la bataille – virgule par virgule – autour des amendements. Elles sont loin les gesticulations d’un GREMETZ ou les boutades incendiaires de BRARD ! (voir rétro-journal des débats de 2003).
Mais tant pis pour le folklore (encore que ! …). Dans l’ensemble, l’opposition a su faire son travail envers et contre tout. Elle a mené des opérations de dévoilement, de déchiffrement des positions de la droite. Elle a fait écho aux revendications des manifestants. Elle a fait ses propositions – et là, il est clairement apparu qu’il  y avait bien – au moins deux projets alternatifs  ). Les idées portées par le collectif « Exigences citoyennes » ont été portées au débat (en particulier par Martine BILLARD, mais aussi par les députés communistes).

 

La droite, quant à elle, s’est arc-boutée sur les idées de « justice sociale », d’« équité » et n’a eu de cesse de proclamer que tout ce qu’elle faisait, c’était pour défendre le système de « répartition ». On peut voir là de la démagogie ; mais aussi la traduction – la prise en compte (au niveau du discours) de cette vérité selon laquelle un texte ne peut avoir FORCE de loi que s’il est juste, équitable.
Le malheur, c’est qu’il ne suffit pas de le dire pour que cela soit. Et, justement, le débat est là pour dire ce qui est juste, équitable, pour trouver ce point d’équilibre où les intérêts particuliers se fondent dans l’intérêt général.