débattre : à quoi çà sert ? Le contr’exemple du débat sur les retraites 2010

4) donner SENS à la loi  …

… mais qu’il y faut du temps … ce qui n’a pas été le cas dans le débat de ces jours-ci …

… On n’est pas allé au fond. On n’est pas allé au bout. Alors, nous sommes en manque. En manque de sens …

 

Une loi, à elle seule, ne peut pas tout faire. La loi ne produira d’effet que si le citoyen la fait sienne. Et il ne la fera sienne que si cette loi est porteuse de sens, que s’il en comprend le sens.
Le débat parlementaire apparaît ainsi comme le temps – le lieu – où ce sens prend naissance (Ne parle-t-on pas de l’« esprit » d’un texte ?).
Si l’on écoute la droite dans le débat 2010 sur les retraites ( et dans bien d’autres débats, d’ailleurs !), ce serait le réel lui-même qui fait sens car il dit la « nécessité » : la réforme est incontournable, sinon c’est la faillite, la fin du système de répartition, la mise sous tutelle des agences de notation … et du FMI (bonjour, M.Strauss-Kahn !). Les chiffres sont censés faire sens. Imparables.

Mais comme on ne peut espérer faire adhérer le citoyen – faire qu’il considère la loi comme étant la sienne … même si ce n’est pas CETTE loi qu’il aurait voulu – les chiffres ne sauraient suffire ( comme dit Jean-Pierre BRARD : « On n’est pas des épiciers » !). Alors, on célèbre le « bon sens » … celui qui fait que la loi est bonne puisqu’elle a du sens. On pourrait dire aussi qu’elle a du sens  puisqu’elle est bonne. Bref, on tourne en rond … comme dans l’histoire du « sens giratoire » de Raymond Devos.
Exemples de discours fondés sur le « bon sens » : puisqu’il y a allongement de l’espérance de vie, il est de « bon sens » que l’on travaille plus ! Ou : puisque nos petites filles (texto !) vont vivre plus que centenaires, il faut bien qu’on se serre la ceinture pour qu’elles puissent bénéficier d’une retraite … etc. …

Mais comme le « bon » sens n’est pas le même pour tous – et que c’est justement l’un des objets du débat parlementaire de dire quel sens est le « bon » à un moment donné de notre histoire,  on va changer de registre et  avoir recours aux « principes », aux « valeurs », aux « idéaux » – mais, malheur à celui qui prononcera le nom d’« idéologie » ! – bref, à tout ce qui devrait permettre de faire sens et de mobiliser le citoyen.

Là, les choses se compliquent car, les députés ne cessent de le répéter,  « nous n’avons pas les mêmes valeurs ». Prenons l’exemple de la « valeur travail » chère aux députés de droite. « Le travail, c’est la santé ! » ironisera Martine BILLARD … mais rien ne dit qu’il doive être le tout de notre de vie ( il y a tant de choses à faire !) … sans parler qu’il faut aussi parler des conditions de travail qui, pour beaucoup, aliènent le corps et l’esprit, plus qu’elles ne font sens ( et que dire de celles et ceux qui courent après le boulot !) .

On pourrait aussi parler de la « liberté » : chacun – je parle ici des politiques, des politiques de droite et de gauche(s) – s’y réfère … mais se considère libre de lui donner le sens ( la direction, la valeur, la portée) qui lui convient. Et cela donne lieu à d’interminables parties de yo-yo qui viennent rythmer des débats parfois lancinants !

Et l’« égalité » ? Non, c’est l’« équité » qui compte, diront les autres !

Alors débattre ne sert à rien ? On tourne en rond comme ces chevaliers infidèles enfermés dans le « Val sans retour » [voir : à la manière de/ une légende celtique : le Val sans retour ].
Ce n’est pas ainsi que je vois les choses. Dans nos discussions en famille ou entre amis, dans nos blogs, nous ne cessons de parler des mêmes choses, de dire et de répéter sans fin nos espoirs, nos illusions … et nos désillusions. Car telle est l’humaine nature, l’humaine condition. Ainsi en est-il de l’humaine société qui a besoin de ces détours, de ces élans, de ces échecs pour trouver le « sens » : les débats de l’Assemblée servent aussi à çà … à condition qu’on laisse de l’espace, du temps pour que cette « co-errance » (cela ressemble bien à l’Assemblée !)  puisse déboucher sur une certaine « co-hérence », bref sur une adhésion des uns et des autres !