débattre : à quoi çà sert ? Le contr’exemple du débat sur les retraites 2010

5) donner CHAIR et VIE  à la loi …

… et je dirai ma déception profonde par rapport au débat de ces derniers jours …

… « Si la parole s’affadit, avec quoi la parlera-t-on ? » …

La loi est une œuvre humaine, faite par des hommes, pour des hommes. Elle a besoin, certes, de rigueur, de précision ; mais il lui  faut aussi de la couleur, de la chaleur, du cœur, de l’émotion, de la passion, de la « vie », de la « chair ».
Et l’on trouve cela dans les débats. C’est ce qui les rend vivants, beaucoup plus proches de la « vie des gens » que l’on pourrait l’imaginer a priori.
L’Assemblée n’est pas d’abord un lieu où s’exerce la raison « raisonnante ». Elle est   chambre d’écho, caisse de « résonance ». Elle est le « parloir » de la nation. Le trivial y côtoie le sublime, et le mesquin les grandes émotions.  Telle un « Janus » à deux têtes (une devant, une derrière  … une à droite, une à gauche ) – l’Assemblée manie avec la même aisance, le sceptre, le balai … et la serpillière ! (« A chacun de balayer devant sa porte ! …/ Vous, vous avez une porte cochère ! Il vous faut un grand balai ! »).
Maître(sse) du feu et de la loi … servante au grand cœur et à la grande gueule … porteuse, faiseuse, diseuse de vie … femme de mauvaise vie, de mauvaise réputation … objet de vénération et de mépris – Dieu et guenon ? – ainsi nous apparaît l’Assemblée !
Parce qu’elle est une œuvre humaine, la loi est nécessairement imparfaite … et perfectible. On peut l’encadrer, la rationaliser … il restera toujours ce « je-ne-sais-quoi » d’imprévu – d’attachant – qui fait que , certains jours,  les débats nous plongent en pleine épopée. Quelque chose comme un récit mythique, comme une chanson de geste . Le grand « pow-pow » !.      Alors là … pour quelqu’un qui, depuis près de 25 ans, s’intéresse aux débats de l’Assemblé … les débats de ces derniers jours, c’est l’« ENNUI » absolu (ou presque !)

Bien sûr, les députés ont fait référence au(x) « message(s)» que leur avaient transmis leurs électeurs lors de leur voyage sur le « sacro-saint terrain ».
Bien sûr les députés de l’opposition se sont fait l’écho des manifestations.
Bien sûr, quand il fut question de la pénibilité, les députés (pas seulement de gauche) ont donné des exemples pris dans leurs circonscriptions ; mais rien à voir avec les débats de 2003, avec ce que j’ai appelé – en référence à la légende australienne du « walk about » rapportée par Bruce Chatwin dans « Le chant des pistes »- le « talk-about » de la pénibilité.

Ce n’est pas çà qui va changer le contenu de la loi, me direz-vous !

Pas sûr, pas sûr. Une bonne loi est une loi « incarnée » – pas au sens d’un « ongle incarné » qui fait mal, mais au sens de « qui a pris chair » « qui a pris racine » « qui est ancrée » dans l’humaine condition.
Or, le principe de la « représentation » fait que, bien que parties prenants à la loi, nous ne sommes pas présents dans l’hémicycle au moment où se dit, où se fait la loi.
Alors, il revient à ceux que nous avons élus – à ceux à qui nous avons fait don (eh oui ! nous l’avons perdu, nous ne l’avons plus !) de notre « voix » de dire qui nous sommes, ce que nous faisons, ce que nous vivons, ce que nous disons.

Quand je dis que l’Assemblée est le « parloir » de la nation, je ne dis pas seulement qu’elle est le lieu « où l’on parle » (de nous) – « Gloire au pays où l’on parle » disait Clémenceau.
Je fais là référence à l’image du « saloir » dont il est fait mention dans les Évangiles : « Vous êtes le sel de la terre ; si le sel s’affadit, avec quoi le salera-t-on ? ». Et je dis : « Députés, vous êtes le parloir de la nation ; si la parole s’affadit, avec quoi la parlera-t-on ? »

… et le moins que l’on puiise dire, c’est qu’avec ce débat tronqué sur les retraites, il y a eu un sérieux affadissement de la parole !