débattre : à quoi çà sert ? Le contr’exemple du débat sur les retraites 2010

6) faire du LIEN, faire de l’UN

que cet objectif est au cœur du débat sur les retraites (puisqu’il est question de « répartition », de « pacte social », de « solidarité »),

mais que ,  là encore,  les conditions dans lesquelles s’est déroulé le débat ont empêché d’aller au fond du problème (qui est, justement, l’articulation entre «  répartition » et « solidarité »).

Au commencement est le vote. Un vote singulier, individuel, individualiste. Un vote qui exprime des intérêts privés, lesquels ne manquent pas d’entrer en conflit avec d’autres intérêts privés.
Partant de là, il revient à l’Assemblée de faire en sorte que le « sectoriel » se transforme en « global », le « spécifique » en « général », le « corporatiste » en « solidaire », le « divers » en « unique », le « local » en « national ».
Faire de l’un avec du multiple,  assurer la victoire des forces centripètes sur les forces centrifuges, venir à bout de l’émiettement -de l’anarchie ? – des désirs, telle est la « grande œuvre » à laquelle doivent s’attacher les députés.
Les débats ne sont pas que des lieux – des temps – d’affrontement. Ce sont aussi des lieux, des temps où s’opère la fusion des intérêts,  la réconciliation de volontés atomisées, juxtaposées, instables : le député est celui qui dit la nécessité du lien, il est celui qui assure le lien, celui qui tient reliés les fils … pour que le courant puisse passer. Les débats sont des lieux, des temps où le « corps social » – multiple et hétérogène – se fait « nation » unie et solidaire.  

Alors, s’il est vrai que la question des retraites concerne tous les citoyens, il n’en est pas moins vrai qu’il est peu de domaines où les intérêts sont aussi éclatés, sectorisés – voire opposés.
Il y a les retraités actuels et ceux à venir,
les jeunes et les « vieux »,
les hommes et les femmes,
ceux qui ont un (vrai) boulot et ceux qui galèrent,
les salariés et les non-salariés,
les fonctionnaires et les travailleurs du privé,
ceux qui ont les moyens de se payer des compléments de retraite et ceux/celles qui vivotent avec des retraites de misère,
etc. …

Comment tenir compte de tout cela, de tous ceux-là ? Comment faire pour que tout cela, que tous ceux-là « tiennent » ensemble.?
La rue ne saurait suffire : si, à certains moments, comme le dit le slogan, « la rue est à nous », les autres aussi peuvent occuper/ être « la rue ».
Il n’y a qu’à l’Assemblée que tout cela, que tous ceux-là peuvent « s’assembler ». Et çà demande forcément débat.
Pas un débat saucissonné, étriqué, truqué – comme celui que nous venons de vivre – (par exemple, quand on inscrit au chapitre de la solidarité ce qui – ceux qui – relève(nt)  de la simple « équité » :  les femmes, les seniors, les travailleurs soumis à des conditions de travail plus pénibles que les autres )

Bien sûr la droite n’a eu de cesse au cours de ce débat – tout en opposant les gens les uns aux autres (et pas seulement les fonctionnaires aux non-fonctionnaires) –  d’invoquer …
(oui « invoquer » comme on invoque des « esprits » qui nous dépassent … et qui, de toute façon, doivent se plier aux dures « nécessités » de l’heure / voir 5-faire du SENS !)
…  et la « solidarité » … et l’« équité » … et  l’ « intérêt général … et le « pacte social » … et de répéter en boucle que le seul objet de ce texte est, était – sera ? – de « sauver » la « répartition » ( en 2003, FILLON avait eu cette phrase « sublime » – subliminale ? – : « La répartition, c’est la République ! ») …

… au point que nous avons assisté à une inversion des discours :

« C’est effectivement projet contre projet : un projet socialiste fiscal ; un projet de solidarité entre les générations pour la majorité. »
« Nous
[UMP], nous avons un projet de répartition, dans le cadre de la solidarité entre les générations . […]  Vous [gauche]  avez, au final, recours à un système purement capitalistique. »]

Il faut dire qu’il y a un point qui pose problème, du point de vue du sens (et de la façon de faire lien/ unité) :

La situation créée par la crise économique – et la politique de Sarkozy – fait que, même en récupérant ( là, c’est la démarche inverse du « rabotage » très à la mode ces temps-ci !) toutes les cotisations liées au travail et perdues en exonérations et niches de toutes sortes, il n’est pas possible d’assurer à tous un niveau digne de pension sans faire appel à d’autres sources de financement, en d’autres termes de taxer le capital.
Mais c’est vrai qu’en fiscalisant  une partie des ressources affectées aux retraites, on modifie les principes et les modalités de la répartition. Il faut le reconnaître et inclure cela dans une réforme globale de la fiscalité et de la protection sociale ( si, par des prélèvements sur le capital, on augmente les ressources disponibles, il n’est pas évident que tout le surplus de recettes doive être affecté aux retraites ! cela demande débat … rendez-vous en 2012 !)

Certains vont penser que – avec ces réflexions – j’ai perdu le fil de mon discours. Pas du tout.
Les débats ont eu au moins le mérite de faire émerger ce débat ( en 2003, toute idée de financement alternatif était rejetée systématiquement par la droite/ voir rétro-journal : j7_17 juin 2003_ quand Martine BILLARD propose des financements alternatifs ).
Et ce débat est fondamental dans la perspective des élections de 2012 – mais pas seulement. Il y va du LIEN, de l’UNITE. Il y va de l’existence d’une nation solidaire