2003 :chronique du deuxième débat sur la sécurité

Vue d’ensemble :
Une « loi normale » pour les « Français normaux »

    Les débats relatifs au deuxième texte sur la sécurité intérieure vont se dérouler du 14 au 23 janvier 2003.   

 « M. Jean Leonetti.Vous avez probablement tous vu à la télévision cette femme interrogée après un incendie de plusieurs voitures, un de ceux qui ont ponctué les festivités dans certaines villes. Au journaliste qui lui demandait :  “Mais que voulez-vous, madame ?”, cette femme exprimait son désarroi et sa colère et, à la fin, elle s’est exclamée : ”Je veux vivre normalement!”
    Monsieur le ministre,
cette loi est une loi normale pour que les Français normaux puissent vivre normalement dans une France normale. » (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)    Les témoignages et les exemples des difficultés vécues par ces “Français normaux” abondent – sur les bancs de la droite, quasi exclusivement.     

« M. Manuel Aeschlimann. J’aurai une pensée pour une dénommée Pascale, infirmière à Asnières, dont les médias ont beaucoup parlé pendant les vacances de Noël. Vous le savez sans doute : Pascale, brûlée vive, est décédée avant-hier après d’horribles souffrances. Celui qui l’a ainsi violentée, il faut aussi le savoir, est un récidiviste. Il y a un peu plus d’un an, il avait déjà agressé une personne âgée en l’aspergeant d’essence ; mais faute d’éléments, faute de preuves, que sais-je encore, cet individu traînait encore dans les rues et a finalement recommencé. »

    «  Mme. Françoise de Panafieu. Monsieur le ministre, vous avez rencontré, boulevard Bessières, dans le 17e arrondissement de Paris dont je suis le maire, un homme qui, chaque soir, rentre chez lui les épaules rentrées, en larmes, les yeux baissés pour éviter les regards des voyous qui stationnent dans le hall de son immeuble. Il vit très mal cette situation, mais celui qui est chargé du gardiennage ne peut rien faire. »

    «  M. Jean Leonetti. J’ai vu dans ma ville, pourtant une station chic de la Côte d’Azur, des enfants exploités, que l’on obligeait à mendier. […]
    Le maire que je suis a vu également les gens du voyage envahir sa ville. Celle-ci est dotée d’une aire de stationnement en parfait état, mais elle n’est jamais respectée. Et j’ai dû aller négocier le départ de ceux qui s’installaient, avec des policiers humiliés de ne pouvoir intervenir.
J’ai également connu, comme chaque maire, les bandes qui se regroupent au bas des immeubles et les gens qui venaient m’interpeller – parce que vous le savez, monsieur le ministre, c’est le maire qu’on vient voir dans ces cas-là – et me demandaient : ”Mais que faites-vous ? Pourquoi ne peut-on pas rentrer chez nous le soir ? Nous avons peur pour nos enfants. Nous avons reçu des menaces.” J’éprouvais alors un sentiment d’impuissance, voire de culpabilité, et l’impression que j’avais des responsabilités sans être pourvu des moyens permettant de les exercer.
Comme les autres maires, je savais bien aussi que ces gens qui me reprochaient de ne pas agir étaient ceux qui allaient basculer dans les votes extrêmes
. »

Le plus souvent, les députés interviennent « en tant que maires »     A l’image de Jean Leonetti, ils mettent en avant leur impuissance à agir et l’exaspération des populations qui s’ensuit.

    « – M. Paul-Henri Cugnenc. Nous sommes tous dans cet hémicycle des représentants, des témoins et des avocats de la France réelle. Combien de commerçants, combien de personnes âgées ou isolées avons-nous rencontrés, démunis devant un sentiment d’insécurité qu’ils osent à peine exprimer et qualifier ? »

    « – M. Guy Teissier.  Il ne se passe pas une journée sans que l’un de nos administrés ne nous alerte sur une agression dont il a été victime ou sur des faits délictueux qui se sont produits à proximité de son domicile ou sur son lieu de travail.
    – M. Jean-Pierre Blazy.Seulement depuis le mois de mai ?
    – M. Guy Teissier.Élus de proximité par définition, nous devenons le réceptacle de toutes les craintes, de toutes les peurs, de tous les mécontentements, souvent attisés par une médiatisation à outrance.
Les maires, et nous en sommes un certain nombre dans cet hémicycle, sont trop souvent impuissants face aux récriminations légitimes de leurs concitoyens confrontés à la progression de la délinquance. Nous savons tous que les politiques sociales de prévention et d’accompagnement ne suffisent plus à apporter une réponse suffisante et adaptée à l’ampleur de la situation »     D’où l’ intérêt – le terme est faible ! – de ces «maires-députés » pour la politique menée par Nicolas Sarkozy.

    «  M. Guy Teissier. Vous avez voulu prendre en considération l’appel lancé le 21 avril dernier par tous ces braves gens, ces victimes anonymes, ces Français moyens, qui en ont assez tout simplement d’être oubliés, écrasés, humiliés, qui en ont assez de devoir se contenter d’être les rebuts d’une société trop fière sans doute et quelquefois trop arrogante. Pour eux, vous avez raison de n’écouter que votre coeur et votre conviction. […]
    

Il faut dire que la tâche à laquelle vous vous attelez est immense tant le travail qu’il reste à accomplir est imposant : redonner confiance aux Français, disais-je à l’instant, remobiliser les forces de police, rétablir l’autorité de État
Aussi, votre activisme, si vous me permettez ce mot, n’en a-t-il que plus de mérite. Il témoigne de votre volonté d’agir avec méthode mais dans le dialogue, avec fermeté mais discernement, avec rigueur mais aussi avec justice.
A la théorie de l’excuse, vous préférez la théorie de la responsabilité. A la théorie des incantations, vous préférez la théorie de l’action. A la théorie de l’impuissance, vous préférez la théorie de l’efficacité
. »    « – M. Bernard Carayon.A l’excuse sociale, vous préférez la responsabilité de la personne humaine.
C’est à ce prix, mes chers collègues, que la France tournera le dos des dizaines d’années d’idéologie qui avaient divisé les Français, excité les extrémismes, stérilisé la pensée, dévalorisé État et méprisé les aspirations à la paix publique du peuple français.
Monsieur le ministre, j’ai deux derniers mots à vous dire : merci et bravo.
(Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.) »     

« – M. Paul-Henri Cugnenc.  Bien avant que vous n’exerciez vos actuelles responsabilités gouvernementales, monsieur le ministre, vous avez annoncé votre priorité, notre priorité : la lutte contre l’insécurité, cette injustice que nous ressentons tous, mais qui est encore moins supportable pour les plus faibles, les plus fragiles, les plus démunis, les plus âgés des Françaises et Français.  […]
    Défenseur des plus modestes, vous êtes en train de réunir les suffrages du plus grand nombre. En contribuant à faire reculer ce sentiment d’impuissance,…
– M. Bruno Le Roux. Un peu de modestie !
M. Paul-Henri Cugnenc.  … vous redonnez ses lettres de noblesse à l’action politique. (« Très bien ! » sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
    Au-delà des soutiens que la grande majorité des Français qui s’expriment vous apportent, vous avez l’adhésion de la France des oubliés. C’est pourquoi, avec mes collègues, je soutiendrai votre action avec raison et conviction. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.) »

Le ton se fait lyrique :  les députés se sentent investis d’une mission « historique ».

    « M. Paul-Henri Cugnenc. Abandonner certains jeunes à leur triste sort, fermer les yeux sur leurs éventuelles exactions, les laisser progressivement prendre leurs aises avec les plus élémentaires comportements de civisme, n’est-ce pas, d’une certaine manière, pratiquer une politique de non-assistance à personne en danger ? (« Absolument ! » sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
Ce combat est idéologique au bon sens du terme. »

    « – M. Gérard Léonard. Mais s’il convient de se réjouir, bien entendu, de cette alternance, salutaire pour notre pays, il ne faut surtout jamais oublier l’exaspération et souvent le désespoir exprimés à cette occasion par un grand nombre de nos concitoyens, et qui les ont conduits à se réfugier dans l’abstention ou dans le vote extrême.
    – M. Claude Gaillard.C’est vrai !
    – M. Gérard Léonard. Cela donne, mes chers collègues, toute la mesure de la responsabilité historique qui est la nôtre. Notre majorité, nous tous ici, les représentants de la nation, mais également, au-delà de nous, tous ceux qui exercent une fonction politique, ont une responsabilité historique au regard de l’avenir des valeurs républicaines qui fondent nos institutions »

Et déjà – magie du verbe ou désirs tenant lieu de réalités ? – « les choses commencent à changer»
.    « – M. Manuel Aeschlimann.Dorénavant, nous pourrons aller le pied ferme et en toute sécurité dans nos territoires communaux, dans nos villes, dans nos départements. Tout cela, nous le devrons au gouvernement de Jean-Pierre Raffarin et au premier de ses ministres, M. Nicolas Sarkozy. Je lui fais entièrement confiance, comme vous tous ici,…
    – M. Manuel Valls.Nous ne faisons pas de chèque en blanc, nous !
    – M. Manuel Aeschlimann. … pour remettre de l’ordre et de la sécurité dans notre pays. Ce projet de loi, en tout cas, y concourt particulièrement et nous le voterons des deux mains. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)

    « – Mme. Nadine Morano. Comme beaucoup l’ont fait à cette tribune, je veux vous en donner un exemple. J’ai rencontré lundi soir dans le train un contrôleur de la SNCF du nom de Michel Chouraqui. Il m’a montré une photo de son visage tuméfié à la suite d’une agression subie dans l’exercice de son métier. Il m’a confié que, alors qu’il y a six mois il dressait près de cinquante procès-verbaux par semaine sous les quolibets, aujourd’hui, dans un calme presque retrouvé, s’il en dresse cinq, c’est le bout du monde.
Voilà une preuve qu’enfin les choses commencent à changer dans le bons sens
. »    Nadine  Morano est parmi les plus enthousiastes : « Aujourd’hui le texte que vous nous proposez, monsieur le ministre, est à la hauteur de l’objectif que nous nous sommes fixé. Il n’est ni de droite ni de gauche… car il correspond à l’attente de tous les Français. […] Il était temps que la loi prenne en compte ce qui exaspère de plus en plus nos concitoyens, et en particulier les plus modestes. »

…« Pour que ça change » …
… -«  pour lutter contre l’insécurité » …
… « pour faire reculer durablement la délinquance » …
… il n’y a qu’une solution :
« faire changer la peur de camp ».