2002_Sécurité

  A gauche, le “oui … mais” de Julien Dray
ne fait pas l’unanimité

 A l’aune de votre texte, Alain Peyrefitte
apparaîtrait aujourd’hui

comme un dangereux trotskiste”  
[Noël Mamère]

Noël Mamère est le premier orateur de l’opposition à prendre la parole. Dans une diatribe complètement à contre courant et quasiment surréaliste, compte tenu de l’état d’esprit de la grande majorité des députés.

    ”- M. Noël Mamère. [Ce texte s’] inscrit dans la continuité d’une campagne électorale qui a fait d’un problème réel – le développement de la petite délinquance dans certains quartiers – l’unique objet du débat politique récent.
Cette stratégie délibérée, nous le savons et nous l’avons vu, a d’abord profité au Front national (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.) et a permis d’occulter les vraies questions. Oubliés la crise de l’alimentation, la précarité, les licenciements collectifs, l’Europe, les catastrophes écologiques, la politique de santé publique, les retraites, la ville, les transports, la lutte contre la pauvreté !
    ”- M. Jean Marsaudon. Oublié, l’échec de la gauche !
    ”- M. Jacques Myard. Oublié votre bilan, votre beau bilan !
    ”- M. Noël Mamère. Les médias, Jean-Pierre Chevènement, Jean-Marie Le Pen, Jacques Chirac, comme vous-même, monsieur le ministre, l’avaient décidé : la France a peur, l’ennemi public numéro un, c’est le sauvageon, et la solution de tous nos maux réside dans l’enfermement des enfants de dix à treize ans. (Protestations sur de nombreux bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.) […]
    ”- M. Noël Mamère. Je veux profiter de cette intervention pour mettre les choses au point. Il y existe effectivement une délinquance de masse, concentrée sur les objets de consommation courante – portables, autoradios -, qui se traduit par une augmentation notable des attaques physiques contre les personnes et les biens. Je ne la nie pas, je ne l’ai jamais contestée, pas plus que les Verts. […]
Mais les pompiers incendiaires qui veulent terroriser les délinquants en faisant croire que nos banlieues sont à feu et à sang nous préparent des lendemains qui déchantent.
Si l’enfermement devient une stratégie de masse, si l’on organise des prisons pour pauvres, si l’on abaisse la majorité pénale à dix ou à treize ans, comme “- M. Dominique Perben et l’UMP promettent de le faire, c’est l’idée même de la justice et de l’institution qui la représente qui sera rejetée par des couches de plus en plus nombreuses de notre population.
    ”- M. Yves Fromion. Provocateur !
    ”- M. Noël Mamère. On compte déjà, nous le savons, dix fois plus de policiers que d’éducateurs, et pourtant le mal est loin de se résorber. Il continue même à s’aggraver. La question de l’insécurité ne se résume donc pas à la petite délinquance, comme voudraient le faire croire les médias et certains politiciens si prompts à surfer sur la peur.
     […]
    ”- M. Noël Mamère. En 1979, d’ailleurs, l’un de vos prédécesseurs, célèbre, Alain Peyrefitte, avait fait voter une loi liberticide que l’on appelait la loi « sécurité et liberté. »
    ”- M. Jacques Myard. Et les lettres de cachet ?
    ”- M. Noël Mamère. Eh bien, à l’aune de votre texte, Alain Peyrefitte apparaîtrait aujourd’hui comme un dangereux trotskiste, car c’est lui qui avait fait fermer les maisons de correction que vous voulez maintenant rouvrir.
Avec vous, soutenu activement par votre nouvelle majorité (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle), les libertés font « pschitt ! » si je puis dire, pour employer une onomatopée célèbre, parce que votre philosophie, c’est de réprimer les comportements déviants. […]
    ”- M. Noël Mamère. La réalité, c’est que nous sommes en train de transformer des populations en danger en de véritables classes dangereuses.
    ”- M. Pierre Lellouche. C’est de la démagogie, monsieur Mamère.
    ”- M. Noël Mamère. Ce phénomène d’ailleurs n’est pas nouveau. A la fin du XXème siècle, on faisait déjà cela avec les Italiens, les Polonais, les Belges, désignés comme des Apaches coupables de tous les larcins et de toutes les fraudes. (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
    ”- M. Eric Raoult. C’est indigne !
    ”- M. Noël Mamère. En ce début de millénaire, la lepénisation des esprits a permis à l’insécurité d’occuper tout l’espace politique des campagnes présidentielle et législative.
    ”- M. Yves Nicolin. Baratin.
    ”- M. Jean-Michel Fourgous. A quoi servez-vous ?
    ”- M. Noël Mamère. Vous passez maintenant aux travaux pratiques.
    ”- M. Dominique Dord. Alors que fait-on ? Rien ? Comme d’habitude ! […]
    ”- M. Noël Mamère. A quoi incitez-vous en menant une politique répressive ?
    ”- M. Dominique Dord. Que faites-vous depuis cinq ans ?
    ”- M. Noël Mamère. A mettre les banlieues à feu et à sang ? (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.)
    ”- M. Dominique Dord. C’est nous qui les avons créées il y a deux mois ?
[…]
”- M. Noël Mamère.
Je ne nie pas les erreurs qui ont été commises de ce point de vue par la gauche. Au reste, ce n’est pas pour rien que les Verts ont voté contre le projet de loi « sécurité » en novembre 2001, nous n’étions pas d’accord sur tout et nous l’avons dit. (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
    ”- M. Georges Tron. Quel courage !
    ”- M. Noël Mamère. Ces dernières années, les erreurs se sont cumulées : ce qui se fait aujourd’hui venant s’ajouter à ce qu’a fait “- M. Pasqua en 1995 et à ce qui a été fait par celui qui est aujourd’hui le président de notre assemblée. Souvenez-vous, amis de la gauche, que nous défilions dans les rues de Paris et de la France pour demander l’abrogation des lois Pasqua-Debré ; or elles ont simplement été aménagées, et non abrogées, comme la gauche s’y était pourtant engagée devant les Français. (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
    Il s’agit donc d’une continuité, effectivement. Et le 21 avril est le produit d’une série de déclarations irresponsables : souvenez-vous des « mauvaises odeurs » des immigrés (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle), des « bonnes questions » posées par le Front national, même si celui-ci apportait de « mauvaises réponses »…
    ”- M. Pascal Clément, président de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République. Ça, c’est du Fabius !
    ”- M. Noël Mamère. … de « l’invasion » des immigrés, de la « misère du monde » (« Ça, c’est Rocard ! » sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle)…
    ”- M. Christian Cabal. C’était faux ?
    ”- M. Noël Mamère. … des « charters », et j’en passe… Je ne vous cite que les expressions les plus prégnantes dans notre mémoire.
Le chef de État a lancé sa campagne, le 14 juillet 2001, en parlant de cette « insécurité croissante, grandissante, espèce de déferlante ». (« Eh oui ! Malheureusement ! » sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.) Aujourd’hui, avec le projet que vous nous proposez, monsieur le ministre, vous ne faites que continuer cette campagne de “- M. Chirac qui a surdéterminé le débat politique sur les questions d’insécurité…
    ”- M. Dominique Dord. Il vaut mieux ça que l’inverse !
    ”- M. Noël Mamère. … et qui a permis finalement à M. Le Pen d’arriver en deuxième position au premier tour de la présidentielle, fait inédit dans l’histoire de la Ve République.
    ”- M. Claude Goasguen. Et vous, vous êtes dans l’opposition !
    ”- M. Noël Mamère. Mais les partisans du tout-sécuritaire préfèrent, nous le savons tous, l’original à la copie. (« Vous l’avez déjà dit ! » sur plusieurs bancs du groupe de l’Uion pour la majorité présidentielle.) Ils l’ont d’ailleurs exprimé de manière très claire au premier tour. Ils l’ont répété au deuxième tour en se réfugiant, pour beaucoup d’entre eux, dans une abstention massive.
”- M. Noël Mamère.
De votre loi, monsieur le ministre, on dira dans quelques mois : « Tout ça pour ça ! »
    ”- M. Pierre Lellouche. On verra, monsieur Mamère.
    ”- M. Claude Goasguen. Vous allez trop au cinéma, monsieur Mamère.
    ”- M. Noël Mamère. Une loi qui aura encouragé la division de nos concitoyens, tout en ne changeant pas grand-chose aux conditions réelles du combat pour la tranquillité publique.
Je condamne ce projet qui consacre l’omnipotence et l’omniprésence de la police, qui transforme les pauvres et les non-conformes en délinquants et qui développe la surveillance généralisée de la population. (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
    ”- M. Thierry Lazaro. Qu’est-ce que cela veut dire « non-conformes » ?
    ”- M. Noël Mamère. Dans un État de droit, les libertés individuelles et publiques doivent primer sur le pouvoir de la police.
    ”- M. Claude Goasguen. La sécurité, c’est la liberté.
    ”- M. Noël Mamère. A défaut, nous le savons, la porte est ouverte à l’arbitraire.
Et en ce jour du soixantième anniversaire de la rafle du Vél’d’Hiv (Vives protestations sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle)…
    ”- M. le président. S’il vous plaît, messieurs, “- M. Mamère a presque fini, laissez-le terminer.
    ”- M. Pierre Lellouche. C’est honteux !
    ”- M. Robert Lamy. C’est indécent !
    ”- M. Noël Mamère. Je répète : en ce jour du soixantième anniversaire de la rafle du Vél’d’Hiv, où la police de Vichy, la police de Pétain, la police de État français a commis l’acte le plus ignoble de l’histoire de notre pays…
    ”- M. Robert Lamy. C’est indécent !
    ”- M. Claude Goasguen. C’est scandaleux !
    ”- M. Noël Mamère. … nous devrions méditer sur ce qu’est l’arbitraire. (Protestations sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
    ”- M. le président. Je vous en prie, laissez “- M. Mamère parler !
    ”- M. Noël Mamère. Nous devrions méditer sur les conséquences possibles de l’arbitraire.
    ”- M. Claude Goasguen. C’est scandaleux !
    ”- M. Noël Mamère. Mes chers collègues (« Non ! » sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle)
    ”- M. Thierry Lazaro. Pas « chers » collègues !
    ”- M. Noël Mamère. Mesdames, messieurs, si vous préférez (« Oui ! C’est mieux ! » sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
 […]
Je répète, mes chers collègues – c’est une expression convenue que j’emploierai même si vous ne m’êtes pas chers (« Vous non plus ! » sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle) et que je vous irrite -, mes chers collègues, si vous ne voulez pas regretter d’avoir voté une loi liberticide, une loi porteuse de dérapages, de bavures, une loi sans consistance,…
    ”- M. Robert Lamy. Il faut savoir : elle est inconsistante ou pleine d’erreurs ?
    ”- M. Noël Mamère. … une loi qui continuera à diviser les citoyens, une loi de stigmatisation, une loi de guerre contre les pauvres, ayez la sagesse de voter l’exception d’irrecevabilité[1] que je viens de défendre devant vous. Je vous remercie. (Huées sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
    ”- M. Maurice Leroy. Applaudissements nourris ! “

Le  « oui mais » de Julien Dray

Avec Julien Dray, premier orateur du groupe socialiste et responsable des questions de sécurité au sein de son parti, nous changeons complètement de registre.

Au risque même de surprendre“, Julien Dray commence son intervention en souhaitant  au gouvernement de réussir.

    ”- M. Julien Dray. Monsieur le président, monsieur le ministre, mesdames et messieurs, selon la formule populaire, c’est au pied du mur que l’on voit le maçon. Désormais, c’est vous, monsieur le ministre, le maçon en matière de sécurité. Il n’est pas sûr que l’on nous ait fait un cadeau tant la tâche qui vous incombe, avouons-le, est difficile.
    ”- M. Pascal Clément. président de la commission. C’est bien vrai !
    ”- M. Julien Dray. Si nous reconnaissons d’emblée la difficulté de votre tâche, monsieur le ministre, c’est la preuve que nous n’entendons pas camper une opposition caricaturale dans ses comportements et stérile dans ses interventions.
    ”- M. Pascal Clément, président de la commission. Pas comme Mamère ! […]
Que les choses soient claires entre nous, à l’instar de notre Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, pour qui l’avenir est une suite de quotidiens, pour nous, un délinquant est un délinquant. Il n’y a donc pas, sur les bancs de cette assemblée, d’un côté les indécis et de l’autre les déterminés.
    ”- M. Pierre Cardo. Très bien !
    ”- M. Julien Dray. N’en déplaise aux manichéens dont la vie est si simple et qui sont souvent aussi les plus bruyants. Oui, il existe un terreau propice à la délinquance. Le reconnaître ne l’excuse ni ne la justifie pour autant.
    ”- M. Christian Cabal. Très bien !
    ”- M. Julien Dray. Si on ne choisit pas là où l’on naît, on choisit sa vie et, à un moment donné, on choisit de devenir délinquant. Dès lors, la société ne peut trouver d’autre solution que la répression de tels actes. Encore faut-il qu’elle soit proportionnée et qu’elle permette ensuite la réinsertion de l’individu en lui donnant toutes ses chances de retrouver sa place dans la société.
Pour le bien-être de notre pays et de nos concitoyens, je vous le dis franchement, au risque même de surprendre, je ne peux que souhaiter votre succès s’il aboutit, dans le respect des règles de la République, à restaurer les conditions d’une tranquillité retrouvée pour tous et partout.
    ”- Mme. Brigitte Barèges. Très bien !
    ”- M. Julien Dray. En effet, nous l’avons tous vécu ces derniers mois la montée de la violence, la panique légitime qu’elle suscite chez ceux qui la subissent ou qui ont peur de la subir peuvent emporter la démocratie. Qui peut donc penser, face à cette réalité, qu’il n’y aurait pas lieu que le peuple, dans son assemblée, ne soit totalement mobilisé pour trouver des solutions nouvelles, aller au-delà de tout ce qui a été fait, et être ainsi encore plus efficace ?
    ”- M. Pierre Cardo. Eh oui !  […]
    ”- M. Julien Dray.  Vous l’aurez compris, l’objectif des députés socialistes ne sera donc pas de saboter votre travail. Nous voulons au contraire prendre date de vos engagements. Vous nous trouverez à vos côtés dans tout ce que vous entreprendrez pour atteindre les objectifs que j’ai exposés. Dans la lutte contre l’insécurité, il ne peut y avoir de place pour les calculs partisans. “

Puis il pose une question :  “La société française souffre-t-elle simplement de la présence de quelques noyaux durs délinquants qu’il suffit d’éradiquer ou bien la montée de la violence est-elle l’expression d’un mal plus profond ?

    ”- M. Julien Dray. La société française souffre-t-elle simplement de la présence de quelques noyaux durs délinquants qu’il suffit d’éradiquer ou bien la montée de la violence est-elle l’expression d’un mal plus profond ? Si vous pensez que l’insécurité se réduit aux problèmes posés par quelques noyaux durs délinquants, quelques milliers de jeunes qu’il suffirait d’éliminer pour avoir la paix, si vous pensez que la peur du gendarme est le début de la sagesse et que là s’arrête notre politique de sécurité, alors oui, il suffit effectivement de créer des GIR, des BAC et de nommer des juges sévères pour régler le problème.
Malheureusement, notre propre expérience, sur les cinq dernières années, a montré que le problème n’était pas aussi simple. Vous sous-estimez l’ampleur et surtout la profondeur des difficultés auxquelles nous sommes confrontés et qui renvoient à des évolutions lourdes de la société.
On peut avoir la meilleure police du monde, se lancer dans une fuite en avant nécessitant toujours plus d’effectifs pour répondre à une demande croissante de présence policière, on n’en aura pas pour autant résolu les problèmes. Face à l’ampleur des phénomènes de violence, le traitement policier ne se suffit pas à lui-même.
    ”- M. Richard Mallié. Qu’ont-ils fait à New York ?
    ”- M. Julien Dray. … car l’insécurité quotidienne, subie par nos concitoyens, traduit effectivement une crise profonde dont la violence n’est que l’expression. “
     […]
    Si l’on ne veut pas se payer de mots dans la lutte contre l’insécurité, il faut être dur avec le crime, mais dur aussi avec les causes du crime. Elles sont clairement identifiables : ce sont les repères d’autorité, les conditions d’éducation, les rapports entre les générations, les dégâts causés par vingt ans de crise sur les liens sociaux, la fascination exercée sur les plus jeunes par une économie parallèle fondée sur un marché prospère, celui du cannabis, dont la consommation touche plusieurs millions de Français. Bref, ce sont les repères de toute une génération qui sont en cause.
    ”- M. Roland Chassain. Ceux de la génération Mitterrand !
    ”- M. Julien Dray. Ce sont, avouons-le, les enfants du « Combien ça coûte ? », du consumérisme le plus absolu, de l’argent facile, qui sont touchés aujourd’hui par l’ensemble de ces fléaux. La lutte contre l’insécurité ne peut pas se réduire à des mises en garde ou à des interventions policières. Elle repose forcément sur un projet de société, sur un projet d’éducation citoyenne aussi et qui fait cruellement défaut dans le monde actuel.
    ”- M. Jean Leonetti. Nous n’avons jamais dit le contraire ! “

A gauche : discours de rupture
[Christiane Taubira./ André Gerin.]

Christiane Taubira, députée non inscrite, constate-  ironiquement ? – que “nos 17 000 lois et décrets ne suffisent pas encore à définir le cadre dans lequel la société établit les règles communes et énonce l’échelle des sanctions correspondant à leur transgression !”.
“Manifestement, ajoute-t-elle, votre texte, monsieur le ministre, n’a pas cette ambition principale.”
Pour elle, le discours du ministre “restaure la lutte de classes”.

    ”- Mme. Christiane Taubira. Mais l’insécurité, outre ces angoisses, se tapit aussi dans ces incidents exaspérants à force d’être routiniers. C’est cette terrifiante impression d’être abandonné, livré aux risques de toutes sortes. C’est la morosité, la lassitude, le découragement face aux préjugés, face au sentiment que certaines affaires méritent plus de célérité que d’autres, plus ou moins de sévérité selon la qualité de la victime. C’est l’intuition que certains lieux et certains publics sont davantage exposés aux risques de dérapage et que certaines mesures sont taillées sur mesure…
En effet, la criminalité d’affaires bénéficie encore très largement d’impunité, de même que le crime organisé qui démontre l’impuissance transfrontalière de l’institution judiciaire,…
    ”- M. Bernard Roman. Tout à fait !
    ”- Mme. Christiane Taubira. … de même que la corruption qui gangrène la société, le trafic de drogue, à l’échelle des gros bonnets et des laboratoires, le blanchiment de l’argent qui aspire la société vers une culture de l’illicite. Il faut aussi parler des violences policières et de leur engrenage, c’est-à-dire la délinquance de l’élite, qui ne suscitent pas autant de diligence. Monsieur le ministre, vous restaurez la lutte des classes ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe socialiste et sur les bancs du groupe des député-e-s communistes et républicains.)
    ”- M. Gérard Léonard. Et la gauche applaudit ce réquisitoire, c’est incroyable !
    ”- “- Mme. Christiane Taubira. Les mots peuvent être guerriers, vous savez, ils peuvent parfois induire des attitudes qui accouchent d’actes meurtriers ! Globaliser, stigmatiser des catégories de population, comme les jeunes, les mineurs, les prostitué(e)s, les étrangers, les gens du voyage, instaure une présomption de culpabilité ! Annoncer la création d’une réserve dans la police, c’est insinuer une probabilité de guerre civile. (Protestations sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.) Rétablir des centres fermés à la demande pressante de ceux qui savent que leurs enfants ne courent quasiment aucun risque de s’y retrouver, c’est lancer des signaux de défiance à l’égard de ceux auxquels on doit une sévérité fraternelle.
    ”- M. Michel Terrot. A l’égard des casseurs ?
    ”- Mme. Christiane Taubira. Nous gagnerions à procéder à l’évaluation des contrats éducatifs locaux, qui luttent contre la déscolarisation,…
    ”- M. Yves Bur. Ce sera vite fait !
    ”- Mme. Christiane Taubira. … des centres d’éducation renforcée, des centres de placement immédiat…
    ”- Mme. la présidente. “- Mme. Christiane Taubira, je vous invite à conclure.
    ”- Mme. Christiane Taubira. … que les élus locaux, parmi lesquels vous êtes majoritaires, rechignent à installer sur leur territoire.
    ”- M. Jean-Pierre Brard. Eh oui !
    ”- Mme. Christiane Taubira. Nous devrions apprécier l’efficacité des contrats locaux de sécurité,…
    ”- M. Jean Besson. Inexistante.
    ”- Mme. Christiane Taubira. … des conventions de coordination entre la police nationale et les maires ; des contrats de ville,…
    ”- M. Yves Bur. Ce sera vite vu !
    ”- Mme. Christiane Taubira. … mais aussi explorer les politiques d’habitat et les politiques culturelles qui permettent d’aménager et d’occuper l’espace public, les politiques de logement et de mixité qui contribuent à la rencontre sociale.
    ”- M. Michel Terrot. Amen !
    ”- Mme. Christiane Taubira. Alors, si nous devons effectivement nous soucier d’actes en faveur des victimes, nous devons privilégier la confiance, la réparation, la médiation, le combat contre toutes les formes de criminalité, y compris celles qui produisent massivement l’insécurité sociale. Nous devons lutter contre la délinquance des élites et des puissants, autant que contre celle des petits malfrats. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe socialiste et du groupe des député-e-s communistes et républicains.) Oui à l’autorité ! celle qui punit, mais qui d’abord protège les plus vulnérables avant les nantis. Sinon vous donnez foi et consistance à cette injonction de Shakespeare dans Henri IV : « Si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des puissants, parce que les puissants ne travaillent qu’à marcher sur nos vies. » (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe socialiste et du groupe des député-e-s communistes et républicains.)

André Gérin intervient au nom des élus communistes. Maire de Vénissieux, c’est un praticien reconnu des quartiers difficiles.
Pour lui, ce projet de loi “est le troisième étage de la fusée des lois Pasqua-Debré” et ne peut que renforcer ce qu’il appelle la “lepénisation rampante des esprits”.

    ”- M. André Gerin. Voilà des années que notre pays et ses gouvernants hésitent sur le comportement à adopter face à la délinquance en général et à la délinquance urbaine en particulier. Ce texte est lacunaire en matière de prévention !
    ”- M. Gérard Léonard. Mais non ! ce n’est pas son rôle !
    ”- M. André Gerin. Or, l’opposition entre prévention et répression est inadaptée. Nul ne conteste que la répression s’impose alors que la loi de la jungle prévaut dans certains quartiers. Il est impératif d’investir pour prévenir de futures dégradations. Cela a un coût mais c’est indispensable si nous voulons prendre les problèmes à bras-le-corps avec détermination et persévérance. Les autorités publiques ont le devoir d’articuler deux nécessités, celle du maintien de l’ordre et celle de la médiation. Comment faire pour sanctionner les dérapages de certains auteurs et leur donner des raisons d’espérer en la vie ?
C’est par les réponses à ce questionnement que passe l’idéal républicain de toute la société. Or une société comme la nôtre ne peut exister que par le sentiment d’appartenance à une même communauté, avec les valeurs de la République en partage. Avec ce texte, nous sommes à des années lumière de l’idéal républicain.
    ”- M. Gérard Léonard. Non, au contraire !
    ”- M. André Gerin. Le contexte – gravissime – des élections a montré l’impatience des gens de voir leurs problèmes réglés. La droite opte pour l’action, mais dans la facilité, et en se situant dans le contexte de la lepénisation rampante des esprits. (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
    La droite confond volontairement la répression et la résolution des problèmes sociaux. Le laxisme n’est pas de mise. Mais la stigmatisation des petites gens, des parents en difficulté des gens du voyage, des paumés de l’exclusion et la démagogie antijeunes sont non seulement dangereuses mais criminelles par rapport au devoir de solidarité de la nation à l’égard de personnes en difficulté, qui vivent souvent en dessous du seuil de pauvreté. “

  

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