2002_Sécurité

Quand Sarkozy répond à la gauche :

La distribution des “bons points”

A plusieurs reprises, le ministre a lancé un appel au consensus.

    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Cela fait bien longtemps que je suis de ceux qui pensent que la démocratie, c’est la confrontation des projets. Être fier de ses convictions, ne pas avoir honte de l’idéologie dont on est porteur, cela doit nous donner la force d’accepter de faire un bout de chemin ensemble quand cela en vaut la peine. Et la sécurité des Français, cela en vaut la peine !

[à un autre moment dans le débat.]

    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Si nous pouvions faire un bout de chemin ensemble,…
    ”- M. Christophe Caresche. Pour cela, il faut adopter nos amendements !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. … deux catégories de personnes seraient particulièrement concernées.
La première, ce sont les Français, qui verraient qu’à l’Assemblée nationale, au lendemain de quatre tours de scrutin, il n’y a pas, d’un côté ceux qui détiennent la vérité et, de l’autre, ceux qui portent le mensonge. Ils verraient que nous avons décidé d’unir nos compétences pour construire une politique de sécurité non partisane et répondant à leurs problèmes.
    ”- M. Lionnel Luca. Les socialistes n’en ont rien à faire !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Très honnêtement, mesdames, messieurs du groupe socialiste, cela dépend plus de vous que de nous ! (« Absolument ! » sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
Le résultat de tout cela trouvera sa traduction non dans les mots, mais dans les votes.
    ”- M. Daniel Vaillant et “- M. Christophe Caresche. Alors il faut adopter nos amendements !
    ”- M. Lionnel Luca. Ils visent à supprimer le texte ! “

Mais la tonalité des réponses qu’il fait aux différents intervenants laisse mal augurer d’un possible consensus.
La distribution des bons points s’avère être, pour la plupart des orateurs de gauche, une volée de bois vert.

Réponse à Noël Mamère.

    ”- M. le président. Le Gouvernement souhaite-t-il apporter une réponse ?
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Oui !
    ”- M. le président. Vous avez la parole, monsieur le ministre.
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Monsieur le président, mesdames et messieurs, le mot « réponse » est un bien grand mot après une aussi piètre intervention. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.)
En définitive, l’intervention de “- M. Mamère n’avait qu’une seule chose de remarquable : elle était interminable.
Monsieur Mamère, vous avez insulté beaucoup de gens. Vous avez insulté beaucoup de personnes…
    ”- M. Noël Mamère. Qui ai-je insulté ?
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. … sur les bancs de cette assemblée et dont certaines n’étaient pas là, ce qui est de votre part la marque d’une forme de lâcheté qui n’est pas bien respectable.  […]
    Chacun a le droit d’avoir ses convictions. Chacun a le droit de les défendre. Un certain nombre d’éléments nous séparent, et c’est la marque de la démocratie. Mais si l’on ne veut pas recevoir de leçons, mieux vaut ne pas en donner.
Vous avez attaqué les médias, les stigmatisant à plusieurs reprises. Est-ce donc parce que vous-même avez été une de ces vedettes si emblématiques ? Votre démarche est quasi freudienne ! (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.)
Je ne me suis pas senti quant à moi concerné par les accusations provenant de ce monde fait de mondanités et de superficialité. Vous-même en avez tant profité et vous en êtes la figure la plus caricaturale…
    ”- M. Noël Mamère. Que c’est facile !
    ”- M. le ministre l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Peut-être est-ce parce que vous regrettez aujourd’hui ce passé que vous avez été si sévère avec tant de médias, qui ne font pourtant que rendre compte de la réalité de la vie telle qu’elle est.
     (…)
    Vous avez fait le juriste, un bien piètre juriste à la vérité. Vous vous dites respectueux et soucieux de l’application des règles ? Mon dieu ! Quand je vois la façon dont se déroule le congrès des Verts, je me dis qu’il vous est plus facile de donner des leçons aux autres qu’à vous-même. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.)
    ”- M. Noël Mamère. Quels arguments !
    ”- M. Eric Raoult. Ils sont irrécusables !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Pour finir, permettez-moi de vous dire que vous n’avez rien compris au message des Français. (« Rien ! » sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.) C’est une bonne nouvelle pour nous, mais c’est une bien mauvaise nouvelle pour l’écologie, qui mérite mieux qu’un porte-parole tel que vous. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.)
    Le principal reproche que vous nous faites, monsieur Mamère, c’est d’appliquer le programme que les Français ont choisi. Sans doute auriez-vous préféré que nous changions le peuple. On se passera de vous ! (Applaudissements prolongés sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.)

Réponses à André Gérin.

    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Je comprends parfaitement que l’orateur n’aime pas la punition. Mais, dans ce cas, pourquoi nous faire subir un tel traitement ? (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.)
    ”- M. André Gerin. C’est un peu court !
    ”- M. Jean-Claude Lefort. C’est ce qu’on appelle respecter l’opposition !
    ”- M. André Chassaigne. Surtout après les âneries qu’on a entendues !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Franchement, à cette heure-là ! “

[plus tard dans le débat.]

    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. J’indiquerai d’abord à M. André Gerin qu’il ne doit voir dans mes propos aucune marque de mépris à l’égard de quiconque, et surtout pas à son endroit ; nous sommes nombreux ici à l’apprécier pour ses qualité personnelles.
Mais que les choses soient claires : je n’ai pas l’intention d’entendre des discours dans lesquels, successivement, je suis mis en cause dans ma volonté, accusé d’abuser des pauvres, de ne rien comprendre à la situation sociale, de passer à côté des réalités du pays, et, à la fin, de devoir vous dire merci. (« Très juste ! » et applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.)
Moi, monsieur Gerin, je vous respecte, et je considère comme parfaitement normal qu’un débat s’instaure entre nous. Ce n’est pas parce que vous faites partie de la minorité…
    ”- M. Jean-Pierre Brard. Provisoirement !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Bien sûr, provisoirement.
Ce n’est pas parce que vous faites partie de la minorité, dis-je, que vous n’avez pas le droit de parler. Toutefois, ne vous étonnez pas que, si la charge est forte, la réponse soit à la hauteur ! (Applaudissement sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.) En ce qui me concerne, je n’ai pas vu mépris de votre part quand vous m’avez critiqué et attaqué ; je ne vois pas pourquoi la réciproque ne serait pas vraie.
    ”- M. Lionnel Luca. Parfait !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Si vous voulez que la confrontation des idées donne lieu à une charge forte, je répondrai présent. Si vous voulez que cette charge se situe un cran en dessous, eh bien, commencez par donner le ton et nous nous entendrons certainement. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)

Réponses à “Madame Taubira”.

    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. “- Mme. Taubira, avec le talent que chacun lui connaît, a fait un discours sans doute plus adapté à la situation d’il y a quelques décennies qu’à celle de 2002. Je n’ai pas compris ce que venait faire la lutte des classes dans son intervention. (« Très bien ! » sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle).
    ”- M. Jean-Pierre Brard. Quel manque de galanterie ! “  […]
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Nous n’avons pas à accepter la caricature. Et je dis à Mme. Taubira, dont je respecte profondément les idées, que nous ne sommes pas des esclavagistes ni des racistes, que nous ne pratiquons pas l’amalgame. Nous voulons conduire une politique de sécurité républicaine et, là encore, je trouve parfaitement déplacé qu’on vienne faire un petit numéro à la tribune sur le dos de la misère et du malheur des gens qui, eux, vivent l’insécurité tous les jours. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française. – Protestations sur les bancs du groupe socialiste.)
    ”- Mme. Ségolène Royal. Oh !
    ”- M. Jean-Pierre Blazy. C’est du mépris, cela !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. C’est trop facile ! Je suppose d’ailleurs que lorsque “- Mme. Taubira est confrontée, dans son département, à la misère et aux agressions, son discours est moins brillant mais plus concret et plus proche de la réalité.
    ”- M. Jean-Claude Lenoir. Très bien !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. En tout cas, ses remarques ne m’impressionnent nullement.
    ”- M. Yves Bur. Nous non plus !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Elles sont trop déconnectées de la réalité et je n’y ai répondu que par courtoisie.
    ”- M. Jean-Claude Lemoine. Très bien !
    ”- M. Jean-Pierre Blazy. Quelle courtoisie ! “

[plus tard dans le débat]

    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Je ne suis pas du genre à me laisser impressionner simplement parce que vous adorez donner des leçons et que vous n’aimez pas en recevoir. Il peut y avoir parfois des retours de bâton ; la vie est ainsi faite. Et puisque je vous considère, madame, comme un responsable politique, je vous parle comme aux autres, sans davantage de précautions, comme on le fait entre êtres humains égaux qui ont chacun des convictions.
Votre histoire de lutte des classes, c’est une baliverne qui a conduit dans l’histoire du XXème siècle au massacre de peuples entiers. Je n’ai pas l’intention aujourd’hui de vous laisser en appeler à la défense des libertés individuelles au nom de la lutte des classes. Ce n’est pas parce que vous vous appelez “- Mme. Taubira, que vous êtes une femme, élue des DOM-TOM que je dois m’abstenir de dire que la lutte des classes est une escroquerie au service de laquelle sont mis de grands thèmes, et qui a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes. (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.)
    ”- M. Gérard Léonard. Des millions !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. J’ai déjà eu l’occasion de le dire. Je vous le redis en face, madame, sans discourtoisie et sans gêne.
J’ajoute que vous avez prononcé un discours dont vous me permettez d’affirmer qu’il est parfaitement incohérent. En effet, après avoir expliqué avec le talent que chacun vous reconnaît sur les bancs de cette assemblée, que la politique de sécurité du Gouvernement était incohérente – c’est votre droit -, injuste et porteuse de beaucoup de risques, vous avez conclu ce discours enflammé en me demandant si j’entendais appliquer cette politique incohérente et dangereuse à la Guyane. (Rires sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
    ”- M. Yves Fromion. Bravo !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Je ne vois pas d’exemples plus brillants d’incohérence. Soit cette politique est mauvaise, et, dans ce cas, il faut nous demander de ne pas l’appliquer à la Guyane ; soit elle est bonne, et, dans ce cas, nous la mettrons en oeuvre en Guyane. “

Seul Julien Dray trouve grâce auprès du ministre …

… Il faut dire qu’il l’a bien cherché !

    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Monsieur Dray, il est vraiment dommage que “- M. Mamère n’ait pas pris le temps d’écouter votre intervention. Il aurait constaté que l’on peut faire un travail utile, digne et noble à l’Assemblée nationale, ce qui n’eût pas été inutile pour lui ! “

D’autres députés de droite renchérissent …

le porte-parole de l’UDF

    ”- M. Maurice Leroy. Le groupe de l’Union pour la démocratie française salue l’intervention de Julien Dray. […]Avec le talent qu’on lui sait et la connaissance de ces questions que nul ne met en doute …”

un autre député de droite.

    ”- M. Gérard Léonard  Les propos de “- M. Julien Dray tranchaient très nettement avec ceux que nous avions enregistrés à la commission des lois. “

Le rapporteur.

    ”- M. Christian Estrosi, rapporteur. J’ai, moi aussi, apprécié les aspects constructifs de votre intervention, monsieur Dray. “

Un tel concert de louanges finit par «émouvoir» Pascal Clément, le président de ladite commission des lois.

    ”- M. Pascal Clément. Les nombreuses louanges qui pleuvent sur la tête de ce pauvre Julien Dray, qui n’en demandait pas tant, m’émeuvent énormément.
Sachons cependant raison garder : Julien Dray n’est pas le groupe socialiste. Quelle est la réalité de la politique menée en matière de sécurité pendant cinq ans ? (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste.)
    ”- M. Manuel Valls. Vous êtes le président de la commission des lois !
    ”- M. Christophe Caresche. Vos propos sont scandaleux, monsieur Clément !
    ”- M. Pascal Clément. Je mets volontairement les pieds dans le plat car trop c’est trop !
    ”- M. François Loncle. Lamentable !
    ”- M. Pascal Clément. Certes, grâce à son expérience du terrain, Julien Dray, auquel le précédent gouvernement avait confié la tâche de raccommoder cette loi insensée sur la présomption d’innocence, …
    ”- M. Maurice Leroy. C’est lamentable !
    ”- M. Pascal Clément. … avait limité la casse. Mais cela revient à rappeler toutes les erreurs du Parti socialiste et du gouvernement précédent et confondre Julien Dray avec les autres serait d’une naïveté absolue. Je ne voudrais pas que l’opinion s’y trompe. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
     […]
     “- M. Pascal Clément. Vous avez deux discours. A en croire le discours public, vous auriez tout compris. En fait, vous n’avez rien compris et c’est d’ailleurs pour cela que nous avons été élus ! (Applaudissements et rires sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)

 

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