2004_Fin de vie et euthanasie ( « loi Leonetti » )

3) les éléments de dissensus : le non-dit de l’euthanasie

Gaëtan Gorce l’a dit, ce débat « ne peut être pris pour solde de tout compte » , il « ne peut se refermer aujourd’hui »… car il en « ouvre »  un autre .
Mais lequel ?
Celui de l’euthanasie.

Il n’est pas question d’euthanasie dans la proposition de loi de 2005. Mais c’est bien à cela que pensent ceux qui disent que le débat a été intéressant, utile, mais qu’il na pas été « au bout ».
Et ceux qui craignent une évolution de la loi dans ce sens ne manquent pas une occasion de mettre en avant ce non-dit.

Derrière le compromis : des interprétations, des volontés et des stratégies différentes
Derrière le compromis : des questions, encore des questions
Derrière le compromis : le droit à choisir sa mort ou le non-dit de l’euthanasie
Derrière le compromis, derrière le droit à choisir sa mort : la question incontournable de l’euthanasie
Derrière l’euthanasie : la rupture du consensus droite/ gauche…
… et des lignes de fraction internes à chaque parti

Derrière le compromis :
des interprétations, des volontés et des stratégies différentes

M. Jean Leonetti. [UMP] Cette proposition de loi répond à un souci d’équilibre entre le respect de la vie et le respect de la liberté. Certains, dont je suis, pensent que cet équilibre a été trouvé ; d’autres pensent qu’ils sont allés à la limite de ce qui était raisonnablement acceptable ; d’autres encore pensent que ce n’est qu’une étape et qu’il faudra un jour aller plus loin.

M. Jean Bardet. [UMP] Il s’agit donc d’un texte consensuel dont nous avions dit, dès le départ, qu’il était trop important pour que quiconque se livre à son propos à la moindre surenchère politique.
Je sais bien que certains de nos collègues auraient voulu aller plus loin, tandis que d’autres trouvaient que nous étions déjà allés trop loin.
Pour ma part, sans aucune arrière-pensée, j’ai totalement adhéré à ce consensus qui, on l’a dit, n’a rien d’un compromis.
J’ai donc été choqué d’entendre certains − appliquant le principe : tout ce que vous acceptez est acquis, le reste se discute − proclamer qu’il ne s’agissait que d’une étape. Je souhaiterais que le Gouvernement nous apporte des précisions sur une question que j’estime fondamentale.

M. Jean-Marc Nesme. [UMP]  Comment respecter la vie tout en humanisant la mort ? La proposition de loi dont nous débattons aujourd’hui pourrait se résumer à cette question. C’est en tout cas ma lecture de ce texte, mais, au vu des débats de ce matin, j’ai le sentiment que tous ne la partagent pas, et je crains que ne s’opposent des interprétations divergentes.

Derrière le compromis :
des questions …  encore des questions …

M. Gérard Dubrac. [UMP] Ce texte répond à l’attente des malades en fin de vie, des familles, des professionnels de santé, tant sur le plan juridique que sur le plan social. Cependant, l’approche morale ne me paraît pas complètement réglée.

M. Bernard Debré. Vous avez parlé tout à l’heure de dignité. Il faut mourir dans la dignité, dit-on. Mais qui voudrait mourir dans l’indignité ? C’est autour de ce mot que tourne une partie des débats.
J’aimerais donc élargir la discussion en parlant de l’euthanasie exigée par ceux qui réclament à travers elle le droit de « mourir dans la dignité ».
« Dignité » : que ce terme est ambigu et variable avec le temps ! À partir de quand une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer devient-elle indigne ? Au début de la maladie, quand elle commence à avoir des trous de mémoire, ou quand elle n’a plus de mémoire et vit dans un autre monde ? Demandez-lui alors si elle est digne ou indigne : elle n’en sait rien !
À partir de quel degré de handicap devient-on indigne ? Faut-il être paraplégique, tétraplégique ? Et les handicapés cérébraux, à partir de quand deviennent-ils indignes ?
Ne l’oublions pas : c’est nous qui décernons l’indignité ou la dignité à ceux qui sont malades, nous qui avons tout, la vie, le bonheur, la joie…

M. Jean-Yves Hugon. [UMP] Que faire lorsqu’il y a encore une vie, mais qu’il n’y a plus d’existence ?
Quel est le devoir du législateur lorsqu’il y a un tel décalage entre la réalité et le droit ?
Comment protéger les professionnels de santé ?
Existe-t-il un droit à mourir ?
Pouvons-nous être légalement maîtres de notre propre fin ?
Peut-on laisser mourir un souffrant qui en exprime la volonté ?
Aider ce souffrant à mourir, est-ce le tuer ?
L’euthanasie, est-ce aider à mourir, laisser mourir ou faire mourir ?
Peut-on dépénaliser l’euthanasie sans l’autoriser ?
On le comprend, à l’énumération de ces interrogations, la problématique dépasse le champ purement médical : elle englobe largement le droit, l’éthique, la déontologie, la philosophie, la religion et la métaphysique
.

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