2002_La question des étrangers ( trois débats )

4. « L’intégration, voilà le vrai sujet ! »

Donc, le vrai problème, c’est l’intégration.

Députés de droite et de gauche sont d’accord pour faire référence à la notion d’intégration . 

Ils seraient même d’accord pour tirer un bilan négatif de l’intégration.

    ”- M. Jean Leonetti. L’intégration est-elle réussie ? C’est probablement une réussite sur le plan économique, plus mitigée sur le plan social. Mais très certainement un échec sur le plan des valeurs communes et sur le plan humain. Ajoutons qu’un risque de communautarisme se fait jour dans les territoires où la concentration de béton, de misère, de délinquance place des populations hors les lois de la République et hors de l’espoir de la République.
On constate aussi souvent que les repères fondamentaux nécessaires à la volonté de vivre ensemble sont perdus et que la famille, l’école, l’autorité en général ne parviennent pas à les restaurer.
On constate enfin et peut-être surtout que, contrairement à ce que disait M. Noël Mamère en mai 2000, l’extrême droite n’est pas durablement affaiblie dans notre pays. “

    ”- M. Manuel Valls. L’intégration à la française marche mal ou ne marche plus. Notre modèle n’assimile plus, il n’intègre pas, il exclut. Nous cumulons les inconvénients du système anglo-saxon, son communautarisme, d’ailleurs sans ses avantages qui assurent des formes de promotion sociale, et les blocages de notre modèle républicain d’intégration.
   ”- M. Thierry Mariani. C’est le bilan de cinq ans de Jospin !  […]
  ”- M. Manuel Valls. … Notre modèle d’intégration en a besoin et c’est bien ce que vous ne semblez pas comprendre car les populations issues de l’immigration extra-européenne sont aussi oubliées par la République. Promotion sociale : oubliée par la République !
Égalité : oubliée par la République !

    Droit d’exercer son culte : oublié par la République !
    Reconnaissance de la culture : oubliée par la République !
(Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
    ”- M. Bernard Roman,
rapporteur. C’est vrai !
    ”- M. Thierry Mariani
N’importe quoi !
    ”- M. Manuel Valls.
La ségrégation territoriale – c’est le maire d’une ville de banlieue qui vous parle – est terrible. Elle surdétermine les parcours de chacun. Un enfant grandissant en ZUP a beaucoup moins de chances que d’autres de devenir médecin, ingénieur, député.
    ”- M. Pierre Cardo.
Le droit de vote y changerait-il quelque chose ?
    ”- M. Manuel Valls.
Cela concerne toutes les familles populaires de ces quartiers, quelles que soient leurs origines.
    ”- M. Jean Le Garrec. C’est évident ! “

”- M. André Gerin.    La France doit mener une politique d’intégration digne de ce nom. Les précédentes vagues d’immigrés ont réussi elles-mêmes leur intégration à travers l’école et le service national, le travail et le militantisme. Ces enfants de France depuis longtemps, ou fils d’immigrés de nationalité française, sont néanmoins victimes d’exclusions, d’inégalités, notamment dans le travail, de pauvreté endémique. Ils se sentent français, mais ils se sentent de trop, car la société ne les reconnaît pas comme membres de la communauté nationale à part entière. ”

  “Le droit de vote y changerait-il quelque chose ?”

  •     Si l’on réduit l’intégration à une dimension matérielle
  • – si le “bulletin de paie” passe avant le “bulletin de vote” –
  • la réponse est sans doute négative. 
  • Mais telle n’est pas l’approche des députés.
  • Qu’ils soient de droite ou de gauche, il y a une affirmation forte
  • que l’intégration, c’est “autre chose”,

c’est  “plus que” la simple prise en compte des déséquilibres et des discriminations. 

    M Jean Leonetti. A qui et pourquoi l’intégration ? Quitte à froisser les uns et les autres, j’aurais tendance à penser que l’intégration s’adresse à toute la population…
    ”- M. Daniel Vaillant. Très bien !
    M Jean Leonetti. … dès l’instant où, dans notre pays, l’intégration se fait sur des valeurs et que pour les nationaux comme pour les fils d’immigrés ou les étrangers l’intégration doit être totale et complète dès l’instant où elle est morale.
    ”- M. Jean-Marc Ayrault. Nous sommes d’accord !
    ”- M. Jean Leonetti. Je pense aussi que cette intégration doit se faire à quelque chose. Or ce quelque chose, c’est bien évidemment les valeurs de la République et cette volonté non seulement de résider ensemble, mais de bâtir ensemble une destinée commune.”

    ”- M. Manuel Valls. La France est une nation ; elle crée des repères communs ; elle s’enrichit des apports des nouveaux venus ; elle évolue. C’est vrai pour chacun d’entre nous : on ne naît pas Français, on le devient, on apprend à le devenir.
Alors, ne brisons pas le mouvement ! Accordons le droit de vote à tous les résidents aux élections locales !
La France est une République, un acte permanent de confiance en l’homme, selon la formule de Jean Jaurès.  […]
La blessure coloniale, qui n’est toujours pas refermée faute d’une clarification de notre pays sur des heures troubles de son histoire, la mise en oeuvre d’une ségrégation sociale, territoriale, ethnique, voilà dont souffrent principalement – et elles ne sont pas les seules – les populations qui bénéficieront de l’extension du vote aux extra-communautaires.
La France ne doit pas se contenter d’exiger, elle doit aussi donner.

    Les populations issues de l’immigration installées depuis longtemps sont surtout une richesse. Leur apport est incontestable. Nous devons donc nous donner les moyens de les intégrer pleinement à la communauté nationale.
    ”- M. Yves Censi. Nous sommes d’accord là-dessus.
    ”- M. Guy Geoffroy. L’intégration, c’est la naturalisation ! “

   ”- M. Rudy Salles. L’intégration est, à mon sens, une idée qui fait appel a des notions dépassant les étrangers eux-mêmes. Le résultat de l’intégration est étroitement lié à notre capacité de transmettre les valeurs de la République. Les réussites ou les échecs de l’intégration des étrangers en France sont en quelque sorte le reflet de nos propos réussites et de nos propres échecs pour faire aimer et respecter la France. ( « Très juste ! » sur les bancs du groupe Union pour la démocratie française et du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
    Quand je vois des jeunes gens insulter notre pays, quand je vois quelques centaines ou quelques milliers d’individus siffler la « Marseillaise » au Stade de France…
    ”- M. Jean-Pierre Dufau.
Quel rapport ?
    ”- M. Bernard Roman,
rapporteur. Ils sont tous français, ceux-là ! C’est de leurs parents qu’il s’agit, pas d’eux !
    ”- M. Rudy Salles. … en présence d’un Premier ministre sans réaction (« C’est vrai ! » sur
les bancs du groupe Union pour la démocratie française et du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle), je me dis que l’intégration recule car les symboles eux-mêmes sont bafoués, et pas seulement pour les étrangers.[…]
En revanche, quand, dans le même Stade de France, des milliers de jeunes agitent des drapeaux tricolores et chantent la « Marseillaise » en acclamant l’équipe de football black-blanc-beur,…
    ”- M. Manuel Valls.
Il faut leur donner une prime ?
    ”- M. Rudy Salles. … je me dis que l’intégration progresse. Pour moi, l’intégration se nourrit davantage de symboles que de bulletins de vote. (« Très bien ! »
et applaudissements sur les mêmes bancs.) “

“Faire aimer la France” … C’est là que se situe l’enjeu …

C’est là que réside, au dire des socialistes, l’intérêt de conférer un droit de vote plus large aux étrangers.

Pour progresser dans ce sens, il faut “faire un geste”, “tendre la main”.

    ”- M. Manuel Valls. Pour entamer la reconstruction du rapport à l’idée « France », pour la faire aimer, faire aimer ses valeurs, nous devons faire un geste pour offrir des repères sur le chemin de l’intégration, un geste pour que rapidement ceux qui, comme l’enfant dans le poème de Senghor, « ont grandi à l’ombre » de la France sentent mieux qu’ils appartiennent à une communauté de destin, à un projet commun, à un projet collectif.
Ensemble, saisissons cette chance !
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et du groupe des député-e-s communistes et républicains.)

    ”- M. André Gerin.
Le groupe des député-e-s communistes et républicains votera cette proposition de loi déposée par les députés socialistes, parce qu’elle est une main tendue à tous ceux qui veulent que la France de demain soit une France solidaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe des député-e-s communistes et républicains et du groupe socialiste.) 

    ”- Mme. Elisabeth Guigou.
Ces étrangers d’Afrique, c’est nous qui les avons fait venir dans les années soixante-dix pour des raisons économiques.  […]
    
Pour ces parents comme pour les enfants français de ces parents-là, reconnaître le droit de vote aux élections locales, c’est une question de dignité, de reconnaissance pour ce qu’ils ont apporté, c’est marquer notre volonté d’intégration.
    ”- M. Claude Goasguen.
Mais ils ont droit à la nationalité !
    ”- Mme. Elisabeth Guigou.
L’intégration, voilà le vrai sujet. Pour réussir l’intégration sociale et culturelle, il faut un geste qui reconnaisse l’histoire de ces étrangers maghrébins et africains. […]
    Reconnaître leur histoire, c’est reconnaître à ces jeunes leur avenir, leur dire qu’avec leur propre histoire ils ont toute leur place chez nous. Voter ce texte, c’est la meilleure façon de lutter contre le communautarisme. C’est le signe le plus fort pour l’intégration dans la République.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et du groupe des député-e-s communistes et républicains.)

 Seulement voilà ! Si l’on donne le mêmes droits aux étrangers qu’auxnationaux”,

plus rien n’incitera ces étrangers à demander la “naturalisation” en tant que “français”.

   Derrière la question du droit de vote, il y a celle de l’intégration;

derrière la question de l”intégration, il y a celle de la “nationalité”.

    ”- M. Pascal Clément, président de la commission. D’abord, je fais crédit à la gauche et à la droite, bref à la totalité de l’Assemblée nationale, de n’avoir qu’un but : faciliter l’intégration des étrangers de notre pays,…
    “- M. Bernard Derosier.
Très bien !
    ”- M. Christian Paul.
Ce propos nous change de Raoult !
    ”- M. Pascal Clément,
président de la commission. …, mais pour y parvenir, manifestement, les moyens ne sont pas les mêmes. Dans un cas, l’on souhaite donner plus de droits, pensant ainsi favoriser l’intégration, dans l’autre, à droite de l’hémicycle et de la société française, on a la certitude qu’il faut au contraire favoriser l’intégration pour faire naître le désir de naturalisation.
Telle est effectivement la question de fond qu’il faut poser : est-ce l’intégration de donner de nouveaux droits, au point même de rapprocher tellement le statut de l’immigré de celui du national que l’on peut se demander ce qu’apporte de plus une demande la naturalisation si l’on a quasiment les mêmes droits ? Pour les droits sociaux, c’est réglé par une jurisprudence du Conseil constitutionnel. Maintenant, il s’agit des droits politiques. “

 

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