0_Plaidoyer pour le débat d’Assemblée (article fondateur)

Première proposition :

les débats servent à donner CORPS à la loi.

Au commencement est le vote. Par son vote, le citoyen a dit ce qu’il pensait, ce qu’il souhaitait.

Le député élu est arrivé au Palais-Bourbon avec sa musette pleine de nos « attentes », de nos « souhaits », de nos « besoins », de nos « aspirations », de nos « revendications ».

Chacun d’eux – et ils étaient 577 ! – est « porteur » d’une multitude de « paroles » segmentées, fractionnelles, contradictoires,  dont il doit se faire l’« écho », l’« interprète », l’« avocat ». La multitude de « messages » dont il a été destinataire ( l’Assemblée, « c’est comme » … une immense messagerie ), il lui revient d’en « faire part », de les « transmettre », de les « faire suivre » à l’ensemble de ses collègues. (« Ce soir mes voisins et mes amis m’ont chargé de vous dire que … / « En tant que député de … , je ne saurais passer sous silence … » /  « Je voudrais me faire l’écho de la colère des personnes que j’ai reçues dans ma permanence, pas plus tard que vendredi dernier.»).

Bref, il s’agit de donner toute la publicité nécessaire aux demandes du citoyen et, si possible, de les traduire en termes de loi.

Mais tout ne pourra pas être inscrit dans la loi. Aussi, la première tâche de l’Assemblée consiste-t-elle à opérer un tri dans la masse des aspirations citoyennes. Au terme du débat, seules, celles qui auront été considérées « légitimes » – c’est-à-dire dignes d’être inscrites dans la loi – seront « incorporées » dans ladite loi.

L’Assemblée nationale fonctionne comme une machine à « extraire »  de la masse des revendications particulières ce qui a vocation à figurer dans la loi. Comme une machine à « distiller » les intérêts en tous genres, pour ne retenir que le brut, l’essentiel, le goûteux, l’efficient.

Bref, l’Assemblée, « c’est comme » … un « alambic ».( Pas étonnant alors que les députés accordent une telle importance à cette question des bouilleurs de cru » ! ) Les débats permettent  la montée en chauffe de l’alambic : les demandes multiples dont les députés sont les « réceptacles » sont mises en relation avec les « principes fondamentaux » qui sont ceux de la République et qui constituent, en quelque sorte, le « corps de chauffe ».

Parmi ces principes, il en est un qui résume, qui transcende tous les autres :  l’« intérêt général ».  «  Il y va de l’intérêt général », dit le  député lorsqu’il veut convaincre l’Assemblée de la « légitimité » de  telle demande faite par ses concitoyens. Il y a quelque chose de magique dans cette formule. Pourtant, il ne saurait s’agir d’une notion transcendante, qui s’appliquerait par nécessité, en tous temps, en tous lieux. L’« intérêt général », çà se construit,  çà se fabrique. Le débat sert à cela.