2002_Sécurité

Sarkozy : “le temps de la chape de plomb est révolu”

Nous sommes le mardi 16 juillet 2002.Le premier débat de la session extraordinaire est consacré – après déclaration d’urgence – à la discussion du “projet de loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure”.

    “- M.le président.  La parole est à Monsieur le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. “

Les choses sérieuses vont pouvoir commencer ! Bayrou … Hollande … et même Raffarin … c’était pour la mise en train. Aujourd’hui celui qui prend la parole, tous les députés l’attendent. Certains, à gauche, le redoutent, tandis qu’à droite, on se prépare à lui faire une ovation.

     ( « Bravo ! » et applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF.)

     (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française. –  De nombreux députés de ces groupes se lèvent et continuent d’applaudir.)

C’est l’homme politique – Nicolas Sarkozy – qui est salué ; mais aussi le fait que l’Assemblée va … «enfin ! » … «d’abord » … «en urgence»  … – s’attaquer à ce qui apparaît, aux yeux de la majorité des députés, comme la principale préoccupation des Français en ce milieu de l’année 2002 : la question de la «sécurité».

    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales.  Les Français nous l’ont dit tout au long des grandes échéances politiques de ces derniers mois : la sécurité est bel et bien leur première préoccupation. Le 16 juin, ils ont voulu, en donnant une nouvelle majorité à votre assemblée, un gouvernement qui applique une nouvelle politique. Ils ont voulu une majorité et un gouvernement qui prennent en compte la réalité de leur vie, et non plus qui essaient d’adapter cette réalité à la conception théorique qu’en ont parfois certains observateurs ou acteurs de la vie politique.
[…]
Au premier rang de ces réalités figure l’insécurité. […]
Nous avons pris la mesure du phénomène de la délinquance qui, aujourd’hui – il convient de le noter – n’épargne plus une seule catégorie de la population, ni même une seule région. On ne peut plus parler seulement des violences urbaines : ici, on redoute de laisser ses enfants voyager, là, on hésite à s’arrêter sur une aire d’autoroute. C’est la confiance même des Français dans la vie de tous les jours, dans la capacité des institutions à répondre à leurs inquiétudes, dans les valeurs de leur pays, qui est entamée. Ce que nous voulons, c’est redonner confiance aux Français.
Vivre avec, au quotidien, la peur pour soi-même ou ceux qui vous sont chers, ce n’est pas vivre libre.
    ”- M. Alain Marsaud et “- M. François Sauvadet. Très bien ! “

Quelle est “le cœur” de cette “nouvelle politique” ?

Répondre à la désespérance des Français.

    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Ce que nous voulons, c’est redonner confiance aux Français.
Vivre avec, au quotidien, la peur pour soi-même ou ceux qui vous sont chers, ce n’est pas vivre libre.
    ”- M. Alain Marsaud et  M. François Sauvadet. Très bien !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Nous ne voulons ni stabiliser la progression de la délinquance, ni l’accompagner, mais bien casser cette progression et faire reculer la délinquance durablement. […]
     Face à cette délinquance, notre devoir est d’être lucides, d’écarter, bien sûr, toutes formes de naïveté mais de se garder de réactions excessives : ni surréaction, ni immobilisme, tout simplement l’action cohérente, générale, et surtout immédiate. Tel est le coeur de notre politique.
     […]
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Qui ne comprend qu’il nous faut désormais, sur tous les bancs de cette assemblée, répondre et tenir compte de la désespérance des cinq millions de Français qui ont choisi le vote extrême, tout en prenant soin nous-mêmes de condamner les thèses de l’extrémisme.
    ”- “- Mme. Martine Aurillac. Très bien !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Pour sa part, le gouvernement de “- M. Jean-Pierre Raffarin veut entendre l’appel des Français, le seul qui nous intéresse. Nous exerçons nos responsabilités par leur volonté, il nous faut nécessairement en tenir compte. Le reste ne représente à mes yeux que l’écume des choses. État va donc désormais protéger les citoyens, comme nous nous y sommes engagés. C’est le choix des Français, c’est leur message, il a été compris et il sera respecté ! (Applaudissements sur plusieurs bancs de l’Union pour la majorité présidentielle.)

    ”- M. Thierry Mariani.    Monsieur le ministre, vous avez déclaré que « Pas un seul centimètre carré de la République ne devait pouvoir être considéré comme une zone de non-droit. » Sachez-le, vous pouvez compter sur notre indéfectible soutien pour atteindre cet objectif. Votre projet de loi y concourt. Il répond aux préoccupations de l’immense majorité des Français. Nous y souscrivons pleinement. Il est la seule voie possible pour faire en sorte que nos concitoyens aient de nouveau confiance dans leurs institutions et dans la capacité de État à garantir leur sécurité et leurs libertés. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.)

Aborder les questions liées à la sécurité sans préjugé ni «tabou».

    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. J’ai voulu aborder, sans a priori, sans préjugé, toutes les questions liées à la sécurité. Depuis trop longtemps, dans notre pays, nombre de ces sujets ont été considérés – et par qui ! – comme des tabous qu’il était interdit ne serait-ce que d’évoquer. Et pendant que les républicains, sur tous les bancs de cette assemblée, fuyaient les sujets brûlants, d’autres, avec des idées qui n’étaient pas les nôtres, s’en emparaient.
    ”- M. Pierre Lellouche. Très bien !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Le débat a régressé dans notre pays simplement parce que nous l’avons déserté. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.) Et nous, la droite républicaine et modérée, prenons nous-mêmes notre part de responsabilité sur le sujet.
C’est ainsi qu’il serait impossible d’évoquer l’immigration clandestine alors même qu’il s’agit d’une préoccupation essentielle de nos concitoyens. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.)
C’est ainsi que nous ne pourrions pas davantage parler des gens du voyage alors même que, dans certaines régions, l’exaspération est à son comble. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.) Nous ne pourrions pas décrire certains fléaux pourtant avérés tels que la drogue, la prostitution ou la mendicité agressive, sans être caricaturés !
    ”- M. Pierre Lellouche. Très bien !
    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Mais de tels phénomènes existent, mesdames et messieurs les députés, les Français les côtoient tous les jours, ils les subissent, en souffrent, et ne comprennent pas pourquoi leurs responsables politiques ferment les yeux sur ce qui est devenu leur vie quotidienne. Une vie qu’ils supportent de plus en plus mal ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle.) Et c’est bien parce que, depuis trop longtemps, nous nous inclinons avant même d’avoir parlé, que ces problèmes n’ont trouvé aucune solution.
Je vous le dis simplement : le temps de la chape de plomb est révolu. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle et du groupe Union pour la démocratie française.)
    Sans rien céder aux thèses de l’extrémisme, nous devons démontrer que l’action républicaine est possible et surtout efficace. Puisque notre parole est redevenue libre, il nous sera aisé de refuser, de rejeter, de condamner tous les amalgames honteux.
Les problèmes des Français ne disparaîtront pas si nous nous dérobons devant eux. “

Quelle est la méthode ?

    ”- M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Pour agir en profondeur et dans la durée, nous avons besoin de votre soutien, de votre accord et du vote sur les moyens à engager pour les cinq années à venir. Nous proposons un effort budgétaire sans précédent – 5,6 milliards d’euros supplémentaires – qui témoigne de la priorité absolue donnée à la lutte contre l’insécurité. Nous vous proposons, en outre, des objectifs, une organisation, des méthodes nouvelles. Enfin, nous annonçons un projet de loi qui vous sera soumis à l’automne. “

    ”- M. Thierry Mariani. Monsieur le ministre, vous vous étiez engagé à mener une lutte implacable contre l’insécurité, et, très vite, chacun a pu constater que vos actes étaient à la hauteur de vos déclarations.
Face à l’urgence, vous avez pris des mesures immédiates pour enrayer l’explosion de l’insécurité, mais vous donnez également à la France, pour aujourd’hui comme pour demain, avec ce projet de loi, une politique moderne, ambitieuse et efficace.
[…]
    C’est dire, mes chers collègues, l’inconséquence, que dis-je, l’inconscience, l’irresponsabilité de nos prédécesseurs qui ont fait de la politique de l’autruche leur matière de prédilection, assistant les bras ballants à l’explosion de la délinquance et jetant l’anathème sur tous ceux qui, parmi nous, osaient en parler à l’époque.
Aux yeux des socialistes, nous faisions une crise de paranoïa aiguë. Pour eux, l’insécurité n’était pas une réalité, mais un sentiment vague, diffus, infondé, vaporeux. Nous étions les seuls coupables et, à force de parler d’insécurité, nous étions devenus peu fréquentables.
    ”- M. Daniel Vaillant. Oh !
    ”- M. Thierry Mariani. Une fois de plus, l’idéologie aura aveuglé la gauche, en s’interposant entre la réalité et la politique. (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste.)
    ”- “- Mme. Christine Boutin. Il a raison !
    ”- M. Thierry Mariani. D’ailleurs, fallait-il être aveugle pour ignorer à ce point l’explosion de la délinquance ? Monsieur le ministre, vous l’avez rappelé, elle a augmenté de 16 % entre 1997 et 2002, et l’on a constaté plus de 4 millions de crimes et délits en 2001. Tel est le bilan désastreux auquel nous a conduits l’angélisme béat de la gauche, qui, aujourd’hui encore, ose prétendre que notre démarche est sécuritaire et électoraliste.
Rompant avec ce verbiage, votre démarche, monsieur le ministre, à laquelle nous adhérons pleinement, se veut avant tout déterminée et réaliste. Contrairement aux socialistes, qui se sont contentés de mesurettes de circonstance et de textes qui n’avaient de sécurité que le nom, vous appréhendez la problématique de la sécurité dans sa globalité et, pour la première fois, vous l’ancrez dans le temps.
En effet, à travers cette loi de programmation, vous donnez à la France les moyens d’une réaction ferme et rapide, et vous repensez en même temps la politique de lutte contre l’insécurité en tenant compte des multiples facettes de la délinquance et, surtout, en prenant en compte tous les acteurs et les différentes institutions qui participent à sa mise en oeuvre.
    ”- M. Gaëtan Gorce. Caricature ! “

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